La douleur chronique est généralement décrite comme toute douleur qui persiste pendant au moins trois mois, par opposition à la douleur aiguë qui disparaît avec la guérison. Moshe Feldenkrais, le fondateur de la méthode Feldenkrais, a compris le lien entre le cerveau, ou système nerveux, et le corps, des décennies avant que les recherches sur la plasticité cérébrale ne soient mises en lumière. Il a créé sa méthode pour améliorer les capacités des personnes, en s’intéressant non seulement au système squelettique ou au système musculaire, mais aussi au système nerveux et à l’environnement de la personne.
Prendre en compte la peur de la douleur
Dans la méthode Feldenkrais, face aux douleurs chroniques, on adopte une approche très douce et parfois très subtile. Lors d’une séance avec des clients qui souffrent de douleurs chroniques, cette approche permet de travailler non seulement sur leur mouvement, mais aussi sur la perception de ces mouvements et des sensations qu’ils provoquent. A titre d’exemple, il existe un phénomène qui vous est peut-être familier si vous souffrez de douleurs chroniques : une sorte de boucle de rétroaction entre la douleur, la peur et l’immobilité.
Lorsque l’inconfort occasionnel devient récurrent et familier, on commence à anticiper le retour de la douleur et à espérer son absence. En même temps, on va chercher à éviter certains mouvements qui pourraient provoquer ou exacerber l’inconfort. Ces deux réactions – notre peur de la douleur et les restrictions que nous imposons à nos mouvements – sont des réponses parfaitement naturelles et logiques. Malheureusement, elles renforcent également la douleur chronique, et doivent donc être intégrées à toute solution visant à la faire disparaître.
Dans la situation décrite, l’anticipation est craintive, négative. Il est néanmoins possible d’aller vers une anticipation positive, dépourvue de peur, s’assimilant alors plutôt à de la curiosité quant au fonctionnement de son corps.

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Développer la conscience du corps
Non seulement cela déplace l’attention sensorielle du client vers quelque chose d’autre que la douleur, mais cela nous place aussi pleinement dans l’anticipation curieuse ou basée sur l’intérêt. En effet, il arrive souvent que les signaux de douleur exagérés dans le cerveau prennent le contrôle de l’espace précédemment dédié aux sensations kinesthésiques. En attirant l’attention sur d’autres sensations kinesthésiques (mouvement, pression, synchronisation, poids, etc.), la méthode Feldenkrais permet de regagner une partie de ce précieux espace.
Analyser les stratégies du corps
La deuxième chose que la méthode Feldenkrais propose est de prendre en compte les habitudes corporelles en matière d’immobilité et de compensation : il s’agit des stratégies que le corps met en place en réaction à une blessure. Ces habitudes se sont construites dans le but d’éviter d’aggraver les blessures ou la douleur. Il arrive néanmoins fréquemment que ces réflexes – impliquant généralement une contraction musculaire excessive – perdurent alors-même qu’ils ne sont plus “utiles”. Le réflexe peut alors contribuer à la douleur.
Dans une séance de méthode Feldenkrais, le schéma de mouvement du client peut alors être progressivement déconstruit pour y apporter de petites variations. Nous prenons le temps nécessaire pour passer systématiquement en revue les différentes variations d’un mouvement jusqu’à ce que chaque variation semble naturelle, facile et simple à réaliser. Une fois ces variations maîtrisées, on constate généralement une diminution des sensations d’inconfort et une amélioration des sensations d’aisance et de mobilité.
Utiliser la plasticité du cerveau
La méthode Feldenkrais est un système de rééducation du mouvement qui s’appuie explicitement sur le rôle du système nerveux dans la coordination de l’apprentissage et de l’action musculo-squelettique. La comparaison la plus proche de Feldenkrais serait sans doute la méditation ou l’hypnose, qui visent toutes deux à modifier les habitudes de pensée et à développer la conscience de soi.

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Vers un rapport non-conflictuel au corps
Avec cette approche, le client est amené à retrouver une facultée innée : le fait d’avoir une relation au corps qui ne soit pas fondée sur le conflit ou la domination, mais plutôt sur la capacité naturelle de notre corps à trouver plus de facilité dans le mouvement, à trouver le bien-être, et à ressentir sensoriellement les gestes qui permettent de se sentir mieux. Dans le cadre de la méthode Feldenkrais, le travail avec le client est envisagé comme un processus. Pour le client, cette pratique prend tout son sens au fur et à mesure de la pratique.
La personne développe ainsi son appréciation sensorielle de son corps, comme d’autres développent progressivement une appréciation pour le vin ou la musique. Certains décrivent l’expérience d’un cours comme un mouvement méditatif ; pourtant, ils n’apprennent pas seulement à être attentifs à eux-mêmes, ils s’entraînent aussi à trouver l’efficacité et l’aisance dans leur corps.
par Molly Schaffner, praticienne de la méthode Feldenkrais recommandée par le réseau Médoucine.
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