Chaque année, des milliers de parents vivent un deuil périnatal, lié à la perte d’un bébé pendant la grossesse ou peu après la naissance. Pourtant, cette épreuve reste largement méconnue, minimisée, voire passée sous silence. Parce que l’enfant a peu ou pas vécu, parce que l’entourage ne l’a pas connu, la souffrance des parents est souvent invisibilisée.
Or, perdre un bébé, quel que soit le stade de la grossesse, bouleverse profondément l’existence. Ce n’est pas seulement un événement médical : c’est une expérience humaine, intime, qui touche à l’identité, au lien et au sens. Cet article propose de mieux comprendre ce qu’est le deuil périnatal, ce qu’il a de si particulier, et en quoi la reconnaissance, la parole et l’accompagnement peuvent en transformer la traversée.
Qu’appelle-t-on le deuil périnatal ?
Le deuil périnatal désigne le deuil vécu à la suite de la perte d’un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou dans les premiers mois de vie. Il peut survenir dans des situations très diverses, notamment :
- une fausse-couche, précoce ou tardive (aujourd’hui également nommée interruption spontanée de grossesse),
- une grossesse extra-utérine,
- un œuf clair,
- une interruption médicale de grossesse (IMG),
- une interruption volontaire de grossesse (IVG),
- une mort in utero,
- le décès d’un bébé dans les jours ou les mois suivant sa naissance,
- la perte d’un ou de plusieurs bébés lors d’une grossesse multiple.
Ces événements ont en commun de confronter les parents à une rupture brutale : celle d’une grossesse engagée, d’un projet de vie, d’un avenir imaginé, quelle que soit la cause médicale ou le contexte de la décision prise.
Un deuil singulier : le deuil d’un avenir possible
Le deuil périnatal est souvent décrit comme un deuil particulier. Il s’agit du deuil d’un être qui n’a pas ou peu vécu, mais aussi – et surtout – du deuil de tout ce qui avait été imaginé.
Dès le début d’une grossesse, un lien se crée. Les parents imaginent un prénom, un visage, une place dans la famille. Certains se projettent dans la naissance, d’autres dans l’enfance à venir. Ce lien d’attachement existe concrètement, même s’il est invisible pour l’extérieur.
Lorsque la grossesse s’interrompt, ce n’est pas seulement un événement médical qui survient. C’est un effondrement psychique et émotionnel, souvent incompris par l’entourage. Le deuil ne porte pas uniquement sur un bébé, mais sur un futur rêvé, espéré, attendu.
Le poids du silence et du manque de reconnaissance
L’une des grandes difficultés du deuil périnatal réside dans le manque de reconnaissance sociale. L’entourage, souvent maladroit par méconnaissance du sujet, peut chercher à rassurer par des phrases telles que :
« Tu es jeune »,
« Tu en auras un autre »,
« C’est sans doute mieux comme ça »,
« Il faut laisser la nature faire »,
« Il faut avancer »,
ou encore « Ce n’était pas encore un vrai bébé ».
Ces paroles, même lorsqu’elles sont bien intentionnées, peuvent renforcer le sentiment de solitude et d’incompréhension. Elles traduisent une difficulté collective à reconnaître la réalité du lien du parent avec son enfant, et de la perte.
Dans certains cas, le vécu des parents est également minimisé par le monde médical, davantage centré sur l’urgence physique. Ce silence, ou cette absence de reconnaissance, contribue à faire du deuil périnatal un tabou, là où la parole serait pourtant essentielle.
Des vécus multiples, une souffrance légitime
Il n’existe pas une manière unique de vivre un deuil périnatal. Chaque parent traverse cette épreuve à sa façon, selon son histoire, son contexte, ses ressources et les circonstances de la perte.
Parmi les vécus fréquemment rencontrés :
- une tristesse profonde, parfois envahissante,
- un sentiment d’injustice ou de colère,
- de la culpabilité, notamment après une IMG ou une IVG,
- une grande solitude, même au sein du couple,
- un sentiment de décalage et parfois même de non-appartenance au monde,
- des interrogations persistantes : « pourquoi ? », « et si… ? »,
- la difficulté à en parler aux proches ou aux autres enfants de la fratrie.
Quelle que soit la situation, la douleur ressentie est légitime. Elle ne dépend ni de la durée de la grossesse, ni du caractère visible ou non de la perte.
Pourquoi parler du deuil périnatal est essentiel
Mettre des mots sur ce qui a été vécu est une étape fondamentale du processus de deuil. Parler, c’est reconnaître que quelque chose a existé, qu’un enfant est mort, qu’un rêve devenu réalité s’écroule.
Nommer l’enfant, quand cela est possible ou souhaité, reconnaître les parents comme parents, recevoir un faire-part parfois, permet de redonner une place à cette histoire dans la vie familiale et dans la lignée. Le silence, au contraire, tend à figer la douleur des parents et à les isoler.
Parler et écouter un parent endeuillé n’a pas pour objectif de le faire aller mieux rapidement, ni de le faire oublier pour passer à autre chose. Cela signifie autoriser la souffrance à exister, sans chercher à la faire taire ni à la réparer trop vite.
L’importance d’un accompagnement spécifique
En parallèle du suivi médical assuré par les sages-femmes, gynécologues ou équipes hospitalières, un accompagnement psychique et émotionnel peut être précieux. Il offre un espace pour déposer ce qui ne trouve pas toujours sa place ailleurs : la tristesse, la colère, la culpabilité, les questions sans réponse, ou encore le sentiment de solitude. Il permet également de rencontrer d’autres personnes ayant vécu une épreuve similaire, et d’envisager même de manière très imprécise encore que vivre reste possible.
Mon expérience du deuil périnatal nourrit une écoute particulière, attentive à ce qui est souvent tu, minimisé ou indicible. Être accompagné.e dans ce contexte ne vise pas à faire disparaître la douleur, mais à permettre de la traverser sans rester seul.e, en respectant le rythme et le cheminement de chacun.e.
Sortir du tabou, redonner une place
Reconnaître le deuil périnatal, individuellement et collectivement, c’est permettre aux parents de retrouver une continuité dans leur histoire. C’est aussi donner une place à ces bébés dans la famille à laquelle ils appartiennent.
Accueillir la tristesse sans la minimiser.
Écouter la douleur sans chercher à l’atténuer à tout prix.
Nommer ce qui est : des parents, un enfant, une famille, parfois une sœur ou un frère, une perte extrêmement souffrante.
Sortir du tabou, c’est faire le choix de la clarté plutôt que du silence, et de l’humanité plutôt que du déni.
Je suis accompagnante à la croisée de la thérapie et du coaching, spécialisée dans les problématiques relationnelles et familiales. J’accompagne adultes et adolescent.es qui se sentent bloqué.es dans des situations complexes ou répétitives à retrouver clarté, mouvement et juste place.
Le deuil périnatal occupe une place particulière dans ma pratique. Je propose un accompagnement spécifique aux personnes confrontées à la perte d’un enfant pendant la grossesse, en leur offrant un espace sécurisant pour traverser l’indicible, donner du sens à cette épreuve et retrouver peu à peu un élan de vie. Ma pratique est respectueuse du rythme et de la singularité de chaque vécu et mon approche repose sur une écoute profonde et un accueil inconditionnel de la souffrance. Face au tabou persistant de notre société, j’aide les parents à nommer l’impensable pour restaurer la fluidité au sein de l’histoire familiale et libérer les énergies de l’arbre généalogique.
J’anime également des constellations familiales en groupe, qui offrent un cadre pour remettre chacun à sa place au sein de l’histoire familiale, apaiser les liens et permettre à ce qui était figé de retrouver du mouvement. Ma pratique vise à soutenir la responsabilité individuelle et une circulation plus juste dans les relations.
Je reçois en cabinet à Feldkirch et en consultation à distance.

