Peut-on vraiment confier notre inconscient à une machine ? Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et des biodigitaux (avatar, doubles digitaux, faux humains…), de nouveaux systèmes d’hypnose automatisée émergent. Présentés comme des solutions modernes, accessibles et démocratisées, ils soulèvent pourtant de nombreuses inquiétudes. Plusieurs recherches récentes mettent en garde contre des dangers psychologiques et éthiques majeurs : augmentation de la suggestibilité, illusion de présence humaine, perte de repères identitaires.
Alors, l’hypnothérapie assistée par l’IA est-elle une révolution prometteuse ou une menace silencieuse pour la santé mentale ?
Qu’est-ce que l’hypnose biodigitale ?
Traditionnellement, l’hypnose repose sur la relation de confiance entre un hypnothérapeute et son consultant. Le praticien ajuste son discours, son ton et son attitude en fonction des réactions émotionnelles et corporelles de la personne.
Or, les nouveaux dispositifs numériques nommés les biodigitaux imitent désormais ces interactions. Ces personnages sont en effet de nouvelles créations artificielles qui ressemblent à des êtres humains de tous types et de tous âges. Ils ou elles peuvent avoir une voix, un visage, des mimiques et même des réactions adaptées au contexte. Dans le cadre de l’hypnothérapie, ces imitations donnent l’impression de présences humaines rassurantes. Il s’agit en réalité d’entités artificielles incapables d’écoute et d’empathie réelle.
Si ces technologies ouvrent l’accès à l’hypnose sans contrainte, ni déplacement ni coût, elles posent aussi une question cruciale : que perd-on en remplaçant l’humain par l’IA ?

Une illusion de sécurité dangereuse
Dans le cadre de l’hypnothérapie, les biodigitaux donnent souvent l’impression d’être accompagnés par un professionnel qui se trouverait derrière la scène. Cette illusion de supervision induit un sentiment de confiance qui peut s’avérer trompeur.
Des études montrent en effet que, dans un état hypnotique, les personnes accompagnées par une IA tendent à anthropomorphiser ces biodigitaux : ils leur prêtent des qualités humaines comme la compréhension ou le jugement moral. Résultat, les consultants peuvent se livrer plus facilement, confier des informations intimes et/ou développer un attachement émotionnel envers une entité qui n’a aucune capacité d’écoute réelle. En outre, les interactions entre la personne accompagnée et le biodigital sont sans aucune garantie de confidentialité.
Selon les études, cette confusion risque d’affaiblir la capacité de discernement et d’accentuer la vulnérabilité des consultants.
| Critère | Hypnose traditionnelle | Hypnose biodigitale |
| Relation thérapeutique | Basée sur la confiance, l’écoute, l’ajustement humain | Imitation de la relation humaine mais sans empathie réelle |
| Adaptabilité émotionnelle | Le thérapeute s’ajuste en temps réel aux réactions du patient | Incapacité à percevoir et interpréter les signaux émotionnels |
| Accessibilité | Dépend du lieu, du coût et du temps du praticien | Accessible 24h/24 en ligne, souvent à moindre coût |
| Risques psychologiques | Encadrés par la vigilance du thérapeute | Suggestibilité accrue, illusion de présence humaine, dépendance possible |
| Éthique | Consentement éclairé et codes déontologiques | Transparence insuffisante, risques de biais idéologiques ou commerciaux |
Les principaux risques psychologiques identifiés en hypnothérapie
Une étude a permis d’identifier dix préoccupations majeures concernant l’hypnose assistée par IA. Les chiffres sont parlants :
- Incapacité à s’adapter aux émotions : 100 % des praticiens interrogés soulignent cette limite.
- Suggestibilité incontrôlée : 90 % craignent que l’utilisateur devienne plus vulnérable sans supervision.
- Illusion de présence humaine : 85 % estiment dangereux que les patients croient interagir avec un thérapeute réel.
- Décompensation psychologique : 75 % redoutent l’absence de détection des signes de souffrance.
- Biais idéologiques ou commerciaux : 65 % alertent sur le risque de suggestions orientées.
- Dépendance émotionnelle : 60 % craignent un attachement lié à la disponibilité permanente.
- Confusion identitaire : 75 % notent un danger particulier chez les jeunes.
- Altération du test de réalité : 55 % évoquent une difficulté croissante à distinguer humain et artificiel.
- Risque de déplacement professionnel : 85 % craignent que les biodigitaux remplacent progressivement les hypnothérapeutes.
- Inadéquation clinique : 35 % soulignent le danger d’un usage sans évaluation préalable des contre-indications.

Une menace pour la relation thérapeutique
Au cœur de l’efficacité de l’hypnose se trouve la relation consultant-thérapeute, faite d’écoute, d’ajustements et de soutien. Or, un biodigital ne possède ni intuition, ni expérience émotionnelle, ni véritable sens moral.
Le danger ne réside donc pas seulement dans les erreurs techniques, mais dans la transformation radicale de la pratique :
- la disparition de la présence humaine affaiblit l’alliance thérapeutique
- les personnes accompagnées risquent de s’attacher à un « faux thérapeute »
- l’absence de limites (disponibilité 24/7) favorise la dépendance
La disparition de la présence humaine affaiblit l’alliance thérapeutique car celle-ci repose sur un lien de confiance unique. En hypnose, comme dans toute relation de soin, ce lien constitue la base même de l’efficacité thérapeutique. Sans regard humain, sans ajustements subtils, sans bienveillance réelle, l’expérience hypnotique perd une dimension fondamentale.
L’attachement à un « faux thérapeute » est également dangereux. Les biodigitaux sont conçus pour être disponibles, séduisants et rassurants. Or, cet attachement émotionnel ne repose sur aucune réciprocité : il s’agit d’une relation unilatérale, construite sur une illusion. Un consultant peut croire être soutenu alors qu’il est en réalité seul face à une machine.
Enfin, l’absence de limites favorise une forme de dépendance insidieuse. Dans une relation thérapeutique classique, la rencontre a lieu dans un cadre précis : une heure, un lieu, une fréquence définie. Ce cadre sécurise et structure la démarche. Avec un biodigital accessible 24h/24, cette limite disparaît, et certains consultants peuvent multiplier les séances de manière compulsive, perdant leur autonomie émotionnelle.

Les enjeux éthiques et sociétaux
Derrière les promesses d’accessibilité et de coûts réduits se cachent des enjeux éthiques complexes. Doit-on autoriser un biodigital à remplacer un praticien formé ? Comment garantir le consentement éclairé d’un patient qui croit être accompagné par un humain ?
Les experts appellent à instaurer :
- une certification clinique pour valider la sécurité des systèmes
- une obligation de transparence indiquant clairement au patient qu’il interagit avec une IA
- des standards d’explicabilité afin que les décisions algorithmiques soient compréhensibles
- le maintien d’un contrôle humain dans tout processus thérapeutique
Une séduction hypnotique
L’hypnose assistée par intelligence artificielle représente une avancée technologique séduisante, mais elle comporte des risques majeurs pour la santé mentale et l’éthique du soin. Illusion de présence humaine, vulnérabilité accrue à la suggestion, dépendances nouvelles : ces dangers doivent être pris au sérieux.
L’avenir ne sera sans doute pas un rejet complet du numérique, mais une intégration responsable, fondée sur la transparence, la régulation et surtout la complémentarité avec l’humain. Car au cœur de toute thérapie demeure une évidence : à ce jour, aucun biodigital ne pourra jamais remplacer la finesse d’un hypnothérapeute humain.
Un hypnothérapeute perçoit des indices subtils que seule l’expérience humaine permet d’interpréter : une micro-expression, une variation du rythme respiratoire, une toux à un moment précis du discours, une fluctuation de la voix révélant une émotion enfouie. Ces signaux non verbaux sont essentiels pour ajuster le rythme, l’intonation et la profondeur de l’induction hypnotique. Ils témoignent d’une présence vivante et d’une écoute attentive, impossibles aujourd’hui à décoder par l’IA.
C’est précisément cette intelligence relationnelle et cette capacité d’ajustement au corps et à la voix du patient qui confèrent à l’hypnothérapeute une dimension irremplaçable. La biodigitalisation peut enrichir certains aspects techniques, mais il ne pourra jamais égaler cette compréhension incarnée et sensible qui fait la véritable richesse du soin.
Questions fréquentes - FAQ
- Peut-on vraiment être hypnotisé par un biodigital ?
Oui, car l’hypnose repose en grande partie sur la suggestibilité et l’attention dirigée. Un biodigital peut induire un état hypnotique, mais il ne peut pas s’adapter à la singularité d’un patient comme le ferait un praticien humain.
- Quels sont les dangers pour les enfants et adolescents ?
Les jeunes sont particulièrement vulnérables à la confusion entre humain et artificiel. L’interaction répétée avec des biodigitaux peut brouiller leur construction identitaire et leur capacité à distinguer réalité et simulation.
- Les biodigitaux peuvent-ils remplacer complètement un thérapeute humain ?
Techniquement, ils peuvent imiter certaines techniques, mais ils n’ont jamais la capacité d’empathie, de jugement moral et d’adaptation émotionnelle propres aux humains.
- Existe-t-il une régulation encadrant ces pratiques ?
À ce jour, il n’existe pas de cadre réglementaire international spécifique. Les experts appellent à mettre en place des normes de certification, de transparence et de supervision humaine avant toute diffusion massive.
par Dr. JAUFFRET Marie-Nathalie, hypnothérapeute du réseau Médoucine.
