Vous êtes parent et votre enfant souffre d’encoprésie ou d’un autre problème qui semble résister aux traitements médicaux classiques ? Derrière ce symptôme se cache peut-être une dynamique familiale qui mérite d’être explorée. Dans cet article, je partage avec vous une histoire vraie de transformation familiale, où le problème d’un enfant devient l’opportunité d’un changement positif pour toute la famille.
L’histoire d’Antoine et du « Caca Malin »
Les prénoms ont été changés dans un souci de confidentialité.
Antoine, 6 ans, est en CP. Ses parents, Irène et Fabrice, viennent me consulter car leur fils fait régulièrement « caca dans sa culotte », le jour comme la nuit et tous les jours. Le petit frère d’Antoine, Jean, 2 ans et demi, les accompagne. Un médecin avait diagnostiqué une constipation liée à une rétention, mais les parents sont perplexes : les selles d’Antoine ne sont pas dures. Malgré un traitement, le problème persiste.
Face à cette situation, je leur propose une approche différente : la thérapie familiale systémique et narrative. Car parfois, le symptôme d’un enfant est le révélateur d’un déséquilibre dans l’ensemble du système familial.
La magie de l’externalisation du problème
En thérapie narrative, une technique puissante consiste à séparer l’enfant de son problème. J’introduis alors le concept du « caca malin » (inspiré de Michael White et son « Sticky Poo ») : « Le caca malin, c’est le caca qui décide quand il veut sortir » dis-je « C’est un phénomène courant et il faut lui apporter une certaine discipline sinon il fait n’importe quoi. » Cette métaphore légèrement humoristique permet de dédramatiser la situation. Antoine s’en empare immédiatement avec soulagement : enfin, il n’est plus le problème, il a un problème ! Cette distinction est fondamentale en thérapie.

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Mobiliser l’équipe familiale contre le problème : sortir du sentiment de solitude
Pour renforcer cette externalisation, je leur propose de placer un coussin au centre de la pièce pour représenter le « caca malin ». Jean, le petit frère qu’on croyait trop jeune pour participer, s’implique spontanément dans ce jeu symbolique et Antoine va le rejoindre.
J’introduis alors la métaphore du sport d’équipe : » Une famille, c’est comme une équipe de sport. Quand un problème s’installe, toute l’équipe doit jouer ensemble pour le vaincre, comme on jouerait un match contre une équipe adverse. »
Cette image aide Antoine à comprendre qu’il n’a pas à affronter son problème seul. Il peut demander de l’aide, ce qu’il n’avait pas l’habitude de faire. Progressivement, pendant la séance, il sort de son sentiment de solitude et se met en mouvement, comme un joueur sur le terrain avec son équipe.
Restructurer les sous-systèmes familiaux
En observant la dynamique familiale, je remarque que les enfants, en particulier Antoine, semblent porter une responsabilité excessive dans le maintien de l’harmonie parentale. C’est un fardeau trop lourd et difficile à contenir qui peut se manifester par des symptômes comme l’encoprésie.
Je travaille alors à renforcer le « sous-système parental » en aidant Irène et Fabrice à prendre conscience de leur propre fonctionnement en tant que couple, indépendamment des enfants.
Pendant la séance, un phénomène remarquable se produit : alors que les parents se reconnectent et renforcent leur sous-système adulte, les enfants, qui jusqu’alors allaient de l’un à l’autre parent et tournaient autour d’eux et du praticien, se mettent à jouer calmement ensemble, formant naturellement leur propre sous-système fraternel.

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Des résultats concrets et rapides
C’est après de longues années à aider des centaines d’enfants que j’ai décidé de me former sérieusement à la thérapie familiale et systémique car j’observais qu’il est plus efficace d’accompagner les enfants et leur environnement (en pleine terre) plutôt qu’isolés (hors sol). J’ai observé qu’en impliquant la famille les résultats étaient plus rapides et plus durables.
Les effets de cette approche ne se font pas attendre
Après la première séance : les « accidents » d’Antoine passent d’au moins un par jour à deux par semaine (dont un dans un contexte de stress scolaire : ce qui pointe aussi l’aspect multifactoriel de la problématique). Le couple parental témoigne s’être « rapproché » et avoir « institué des moments pour eux et des frontières claires entre la zone des adultes et la zone des enfants : les parents se sentent « plus compétents » et « plus forts ». Les enfants sont plus tranquilles, sollicitent moins leurs parents et jouent davantage ensemble.

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Pourquoi la thérapie familiale systémique et narrative est-elle si efficace ?
Cette approche fonctionne particulièrement bien avec les enfants car elle :
- “Dédramatise le problème” en le séparant de l’identité de l’enfant
- “Mobilise les ressources de toute la famille” au lieu de se focaliser uniquement sur l’enfant « problématique » et isolé
- “Utilise la créativité et le jeu”, langages naturels des enfants et compris des parents
- “Rétablit des frontières saines” entre les différents sous-systèmes familiaux
- “Transforme les difficultés en opportunités” de renforcement des liens familiaux
Et si c’était la solution pour votre famille ?
Les symptômes de votre enfant résistent aux approches traditionnelles ? Il est peut-être temps d’envisager une perspective plus large. En thérapie familiale systémique et narrative, nous considérons que :
- L’enfant n’est pas le problème, il est souvent le porteur d’un symptôme qui parle de toute la famille
- Chaque membre de la famille a un rôle à jouer dans la résolution des difficultés
- Les solutions sont souvent déjà présentes dans la famille, il suffit parfois d’un regard extérieur pour les activer
Ne laissez pas votre enfant porter seul le poids d’un problème qui concerne toute la famille. Ensemble, comme une équipe, vous pouvez créer un environnement familial plus harmonieux où chacun pourra s’épanouir.
par Yann Lemeux, thérapeute de la famille et du couple, et praticien en hypnose du réseau Médoucine.
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