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Psychotraumatismes et visionnage d’images violentes : comprendre et prévenir un phénomène croissant

7 janvier 2025

À l’ère du numérique, les images violentes sont omniprésentes, qu’il s’agisse d’informations diffusées en continu, de vidéos virales sur les réseaux sociaux ou de scènes fictives hyperréalistes dans des films et jeux vidéo.

Ces contenus, bien qu’apparemment anodins pour certains, peuvent avoir un impact psychologique profond sur d’autres. Les psychotraumatismes, ces blessures invisibles causées par une exposition à des événements traumatisants, touchent de plus en plus de personnes à cause de la banalisation et de l’accessibilité accrue des images choquantes.

Dans cet article, nous explorerons en profondeur la nature des psychotraumatismes liés au visionnage d’images violentes, leurs mécanismes psychologiques, leurs conséquences, ainsi que les moyens de prévenir ces impacts négatifs.

Qu’est-ce qu’un psychotraumatisme ?

 Un psychotraumatisme désigne une réaction émotionnelle et psychologique intense causée par une expérience vécue comme bouleversante ou dangereuse.

Traditionnellement, ce concept était associé à des événements vécus directement, tels que des agressions, des catastrophes naturelles, ou des conflits armés. Cependant, la psychologie contemporaine reconnaît qu’une simple exposition visuelle ou auditive à un événement traumatique peut suffire à générer des troubles similaires.

Les images violentes, qu’elles soient réelles (scènes de guerre, accidents, tortures) ou fictives, mais réalistes (dans les films ou séries), peuvent ainsi provoquer des réactions psychologiques proches de celles d’un témoin direct. Les mécanismes en jeu sont complexes, mais reposent notamment sur :

  • La résonance émotionnelle avec les victimes visibles.
  • La stimulation excessive du système nerveux, qui déclenche des réponses instinctives de peur ou de fuite.
  • L’impossibilité pour le cerveau de différencier complètement la réalité de l’image vue, surtout lorsqu’elle est immersive (casques VR, 4K).

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Pourquoi les images violentes sont-elles traumatisantes ?

Une stimulation émotionnelle intense

Les images violentes ont un impact émotionnel direct, surtout lorsqu’elles présentent des scènes de souffrance humaine ou animale. Ce type de contenu agit comme un déclencheur immédiat de réponses émotionnelles, provoquant souvent un sentiment de peur, de tristesse ou d’impuissance. Chez certaines personnes, cette exposition répétée peut entraîner un véritable stress post-traumatique (PTSD).

Une incapacité à anticiper

Dans de nombreux cas, les spectateurs ne choisissent pas de visionner ces images. Les algorithmes des réseaux sociaux (TikTok, Instagram, Facebook) poussent parfois des vidéos virales dans les flux des utilisateurs, sans avertissement. Cette absence de préparation mentale peut augmenter la vulnérabilité à un traumatisme.

La puissance des technologies modernes

Les nouvelles technologies, comme la vidéo en ultra-haute définition ou la réalité virtuelle, augmentent le réalisme des scènes violentes. Le cerveau, immergé dans une simulation aussi détaillée, est davantage susceptible d’interpréter ces images comme réelles, amplifiant l’impact émotionnel.

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Les conséquences psychologiques des images violentes

L’exposition régulière ou ponctuelle à des images violentes peut engendrer divers symptômes, qui varient en intensité selon les individus et leur contexte personnel.

Troubles du sommeil

Les cauchemars et insomnies sont parmi les conséquences les plus fréquentes. Les images choquantes, imprimées dans l’esprit, peuvent refaire surface sous forme de flashbacks pendant la nuit, perturbant durablement le repos.

Stress et anxiété chronique

Les personnes sensibles ou exposées de manière répétée à des contenus violents développent souvent un état d’alerte constant, aussi appelé hypervigilance. Cela se traduit par un sentiment de danger imminent, même dans des situations normales, et par une irritabilité accrue.

Dépression

La perte d’intérêt pour les activités quotidiennes, le sentiment d’impuissance face à la violence du monde ou encore le repli sur soi sont des signes de dépression qui peuvent être déclenchés par l’exposition prolongée à des scènes traumatisantes.

Isolement social

Pour éviter tout rappel des scènes violentes, certaines personnes se coupent des réseaux sociaux, des interactions en groupe, ou même de certains médias. Ce comportement d’évitement peut à long terme aggraver leur mal-être.

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Les groupes les plus vulnérables aux traumatismes visuels

 Si tout le monde peut potentiellement être affecté par des images violentes, certaines catégories de personnes présentent une plus grande sensibilité, notamment :

Les enfants et adolescents

Le cerveau des jeunes est encore en développement, ce qui les rend particulièrement vulnérables. L’exposition précoce à des contenus violents peut non seulement provoquer des traumatismes immédiats (peur, cauchemars) mais aussi avoir des conséquences à long terme, comme une banalisation de la violence ou des difficultés à réguler leurs émotions. Les réseaux sociaux jouent ici un rôle clé, car ils permettent aux mineurs d’accéder facilement à des vidéos inappropriées.

Les personnes souffrant de troubles psychologiques préexistants

Les individus ayant déjà des antécédents de dépression, d’anxiété ou de PTSD sont davantage affectés par les images choquantes, qui peuvent raviver des souvenirs traumatiques ou renforcer leur mal-être.

Les professionnels exposés régulièrement

Les journalistes, policiers, médecins d’urgence ou psychologues peuvent être confrontés à des images violentes dans le cadre de leur travail. Ce phénomène, souvent appelé traumatisme vicariant, décrit l’impact émotionnel que ces scènes ont sur ceux qui en sont témoins indirects.

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Un cercle vicieux alimenté par les réseaux sociaux

 Les réseaux sociaux, bien qu’innovants, sont aussi un vecteur majeur de diffusion d’images traumatisantes. Parfois, ces vidéos ou photos deviennent virales avant même que les plateformes ne puissent intervenir.

Les algorithmes, conçus pour maximiser l’engagement, ne font pas toujours la distinction entre les contenus pertinents et ceux potentiellement dangereux pour la santé mentale.

Le rôle des algorithmes

Des vidéos violentes peuvent apparaître dans les fils d’actualité à cause d’un simple partage ou d’un clic accidentel. Les algorithmes, en cherchant à capturer l’attention, proposent souvent du contenu similaire, exacerbant ainsi l’exposition répétée.

L’insuffisance des mesures de modération

Bien que des outils comme les signalements ou les avertissements existent, leur mise en œuvre est encore inégale. Par exemple, sur des plateformes comme WhatsApp ou Telegram, où les vidéos circulent en privé, la régulation est quasiment impossible.

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Comment se protéger des impacts des images violentes ?

Éduquer et sensibiliser

  • Pour les jeunes : Apprendre à identifier et éviter les contenus inappropriés est essentiel. Les discussions ouvertes entre parents et enfants permettent de démystifier les contenus violents et d’aider les jeunes à développer une approche critique.
  • Pour le grand public : Des campagnes de sensibilisation pourraient alerter sur les dangers potentiels des images choquantes.

Mettre en place des outils de protection

  • Installer des filtres parentaux pour limiter l’accès aux contenus inadaptés.
  • Activer des options de contrôle sur les plateformes pour bloquer automatiquement certains types de vidéos.
  • Veiller à signaler les contenus choquants pour aider les modérateurs.

Adopter des habitudes numériques responsables

  • Réduire le temps passé sur les réseaux sociaux, surtout sur des plateformes non modérées.
  • Prendre le temps de vérifier les avertissements avant de visionner une vidéo.
  • Limiter l’exposition aux actualités violentes, surtout en fin de journée.

Faire appel à un psychopraticien en cas de besoin

Si des symptômes tels que des cauchemars, des flashbacks ou de l’anxiété persistante apparaissent, il est important de rencontrer un psychopraticien.

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Le rôle des médias et des plateformes numériques

 Les acteurs du numérique ont un rôle clé dans la réduction de l’exposition aux images traumatisantes. Des solutions possibles incluent :

  • Renforcer les mécanismes d’avertissement, par exemple avec des trigger warnings avant la lecture de vidéos sensibles.
  • Améliorer les outils de modération grâce à l’intelligence artificielle.
  • Sensibiliser les créateurs de contenu à leur responsabilité dans la publication de vidéos potentiellement choquantes.

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Vers une consommation visuelle responsable

Les psychotraumatismes causés par les images violentes représentent une problématique croissante dans notre société hyper connectée.

Si les progrès technologiques et l’accès à l’information sont des avantages incontestables, ils s’accompagnent aussi de dangers pour la santé mentale. Il est donc crucial que chacun — individus, parents, éducateurs, et entreprises numériques — prenne conscience des impacts potentiels de ces contenus et agisse pour limiter leurs effets néfastes.

En adoptant des comportements responsables, en éduquant les jeunes générations, et en exigeant des plateformes plus d’éthique, nous pourrons créer un environnement numérique plus sûr, protégeant ainsi notre bien-être mental collectif.

 

par Anne-Sophie Saunier, psychopraticienne du réseau Médoucine.

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1 Comment
  • Potier
    14 janvier 2025 at 21 h 26 min

    Super!

    Reply
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