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Syndrome de Diogène : que traduit la difficulté à jeter ?

7 octobre 2021

La période de crise que nous traversons depuis plusieurs mois est une source d’observation sociologique étonnante. Les changements drastiques imposés montrent des habitudes quotidiennes embarrassantes et créent un climat anxiogène favorable aux développements de comportements de protection. Il en résulte alors certains troubles du comportement comme le syndrome de Diogène, comme par exemple la difficulté à jeter.

Comprendre la difficulté à jeter

La difficulté à jeter se traduit à divers degrés : un comportement plus ou moins lié à de la procrastination ou tout simplement une très mauvaise gestion de son quotidien jusqu’à un comportement pathologique nommé syllogomanie, ou le syndrome de Diogène pour des personnes qui s’entourent de telles quantités d’objets que leur environnement est saturé.

L’origine du syndrome de Diogène

Il faut aller chercher dans l’Antiquité pour découvrir un philosophe du nom de Diogène de Sinope, au IV ème siècle avant J-C : son objectif était de vivre au plus proche de la nature libéré des biens matériels pour accéder à une sorte de liberté mentale, allant par ce comportement, à contre sens de la société dans laquelle il vivait. On parle aussi de « mendiants thésauriseurs ».

Comment se traduit-il ?

Le syndrome de Diogène toucherait plus les personnes âgées entre 70 et 80 ans, et majoritairement les femmes suite à un choc psychologique important. On peut imaginer que la tendance à la conservation excessive était présente bien avant, et suffisamment contenue pour ne pas être remarquée. Le traumatisme initial prend sa source dans la petite enfance et ressurgit à l’occasion de ce choc et de son impact.

C’est souvent un comportement compulsif qui engendre une conservation excessive de tout et une hygiène corporelle et domestique largement impactées également. Le logement se dégrade, la personne s’isole de plus en plus fuyant toute forme d’aide.

Les personnes qui n’arrivent pas à jeter attachent une valeur excessive à un objet, un souvenir ou tout simplement sont nostalgiques face à un choix. Garder est rassurant et comble un manque, un vide ou une peur. La culpabilité ou la peur d’oublier sont deux facteurs impactant également.
Le fait de ne pas jeter ou pas suffisamment n’est pas toujours, et heureusement, un comportement pathologique.

« C’est trop difficile de franchir le cap, je n’arrive pas à jeter et au final je garde tout»,
« Chaque fois que j’essaie de faire du tri, impossible de jeter, je trouve toujours une bonne raison de ne pas le faire. »

 

Syndrome de Diogène : que traduit la difficulté à jeter ?

Unsplash

Alors comment faire ?

Un pas après l’autre : commencer par jeter des objets qui représentent un risque minime, voire pas de risque du tout. On peut se questionner sur l’intérêt qu’il y a à garder cet objet : le souvenir, l’utilisation future, la joie qu’il me procure par son esthétisme ou sa couleur ou sa forme. Si vous ne prenez pas de plaisir à utiliser cet objet, ce vêtement ou cette revue ou qu’il ne vous a jamais servi depuis 2 ans, séparez-vous-en ! Le « au cas où ça pourrait servir » n’a, en réalité, que peu de chances de se produire. Plusieurs études montrent aujourd’hui que, passée un certain délai, l’utilisation que l’on croit pouvoir faire d’un objet conservé trop longtemps et non utilisé est tout à fait nulle.

L’argument du coût en cas de rachat existe également pour ne pas jeter. Il s’agit alors d’imaginer que ce qui est inutilisé chez soi peut faire le bonheur d’une autre personne : les plateformes permettant la revente de tout fonctionnent très bien et si vous ne trouvez aucun repreneur alors c’est vraiment le signe que cet objet n’a pas plus de place dans votre vie actuelle.

Plus de fausses excuses

C’est un cadeau ! Croyez-vous vraiment que le service à thé offert par tante Zézette, et qui vous laisse perplexe quand vous le regardez, va finir par vous apporter de la joie ou de la satisfaction ? On peut imaginer que votre tante vienne boire le thé chez vous, ce qui est peu probable si son choix s’est porté sur un cadeau qui vous met dans un tel état, alors vous aurez tout le loisir de trouver une répartie adaptée pour expliquer l’absence dudit service à thé !

À trop vouloir respecter l’autre, on en finit par s’oublier soi ! L’environnement est une des principales causes de satisfaction trouvée dans un lieu de vie et il est important qu’il vous ressemble. Tante Zézette ne saura sans doute jamais ce qu’est devenu son service à thé. La satisfaction d’autrui est temporaire et si la culpabilité est trop forte, conservez-le un temps avant de vous en débarrasser.

 

Syndrome de Diogène : que traduit la difficulté à jeter ?

Unsplash

Un comportement pour combler la solitude

Les comportements de thésaurisation comblent la solitude ou le manque croit la personne qui accumule à outrance. Pourtant c’est l’effet inverse qui risque de se produire : un lieu de vie envahi d’objets inutiles ne respire pas et ne donne pas non plus envie. L’encombrement devient tel que la circulation n’est plus possible et le regard des autres devient le nouveau frein et la raison de la solitude. Les objets n’ont pas vocation à remplacer les relations humaines !

Le vide, la solitude sont des états qui favorisent ces comportements compulsifs. N’oublions pas : un objet ne remplacera pas la personne disparue ou ne prendra la place d’une relation amicale, chaleureuse. Le temps du deuil est aussi celui de se débarrasser des encombrants pour laisser la place à autre chose. Enlever un objet n’est pas synonyme d’oubli.

Moi qui observe souvent le comportement des animaux, j’ai été témoin d’une situation qui m’a marquée. Ma vieille minette s’est éteinte à la maison dans son sommeil. Un de mes chiens est venu voir, comme s’il constatait un état qui avait changé. Son comportement a été différent une journée puis ses habitudes ont repris.

Se faire accompagner pour se lancer

Pour certains, jeter, c’est mourir un peu. Faire de la place, laisser circuler ce quoi circuler, c’est donner une chance à la vie de circuler de nouveau. Il n’existe pas de recette miracle. Seule la prise de conscience d’un besoin que les choses soient différentes amène à un changement de comportement. Il se peut qu’une aide extérieure soit nécessaire. Cette démarche est un tremplin vers une meilleure estime de soi et une confiance accrue en nos possibilités intrinsèques.

par Cécile Cardon, coach certifiée et validée du réseau Médoucine

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