Selon une étude américaine publiée en 2023 à partir des données de la National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES), 43,5% des femmes déclarent souffrir d‘incontinence urinaire (IU) au cours des deux premières années qui suivent l’accouchement. Pour prévenir ce phénomène, une rééducation périnéale est proposée après la grossesse. Cependant, elle ne résout pas tout : dès lors que les muscles du périnée répondent par une bonne contraction, on estime que la rééducation a réussi et ce, même si des fuites persistent.
Nous allons donc nous focaliser sur les points qui pourraient être améliorés à l’échelle individuelle en s’intéressant aux propositions relayées depuis de nombreuses années par le Dr Bernadette de Gasquet. Qu’est-ce que le périnée et comment fonctionne-t-il ? Quel est le principe de la Méthode de Gasquet pour assurer son fonctionnement optimal ? Comment appliquer efficacement ses exercices qui s’appuient sur les connaissances actuelles autour de la naissance ?
Qu’est-ce que le périnée et comment fonctionne-t-il ?
Le périnée constitue un ensemble de muscles qui forment le plancher de l’abdomen entre le coccyx (situé tout en bas de la colonne vertébrale) et le pubis (situé au-dessus des organes génitaux externes). En position debout, il est situé « en dessous » de la vessie, de l’utérus et du rectum chez la femme. Outre sa fonction dans la sexualité et la reproduction, il assure une fonction de continence et de soutien.
Le fonctionnement de cet ensemble musculaire complexe ne peut être compris qu’en tenant compte de la mécanique générale du corps, qui influence son action optimale.
Pour mieux comprendre l’organisation globale du corps, nous allons nous appuyer sur le modèle des trois enceintes de pression, schématisées par trois « boîtes » :
- la boîte crânienne qui protège le cerveau ;
- la boîte thoracique qui protège le cœur et les poumons ;
- la boîte à digérer et à faire des bébés qui est l’abdomen.
Dans cette boîte, tout bouge en permanence : les volumes, les pressions et même la position des organes à l’intérieur. Ils sont mobilisés constamment par le mouvement du diaphragme (le muscle de la respiration) qui se situe au-dessus d’eux et qui constitue « le toit » de l’abdomen. Dans le cas d’une activité normale :
Lorsque le diaphragme se contracte quand on inspire, il descend, ce qui abaisse un peu le périnée et les organes de l’abdomen. La pression dans l’abdomen augmente.
A l’inverse, lorsque le diaphragme se relâche quand on expire, il remonte en même temps que le périnée et les organes de l’abdomen. La pression dans l’abdomen diminue.
Ainsi, un bon fonctionnement du périnée nécessite une bonne respiration.
La clé : la respiration et la posture
Selon le Dr Bernadette de Gasquet, la première chose à rectifier lors de la rééducation périnéale, c’est la respiration. Si la respiration n’est pas correcte comme énoncée plus haut, c’est parce-que nos postures ne sont pas justes.
Le problème est que nous avons tendance à nous tasser sur nous-mêmes ou à être cambrés vers l’avant. Cette posture inadéquate empêche le diaphragme d’agir normalement et entraîne une surpression dans l’abdomen et par conséquent, sur le périnée.
L’important est de commencer par corriger les postures : debout, assis, couché, à quatre pattes, sur les mains, sur la tête… pour que la respiration puisse s’exprimer librement et que le périnée puisse participer au mouvements automatiques et rythmés du diaphragme.
Bernadette de Gasquet résume la posture à adopter en toutes circonstances à travers ces mots : le « grandir, mincir ». On allonge le dos, on porte sa tête pour lutter contre la gravité (on s’autograndit en somme) ce qui permet de déclencher facilement l’action de souffler pour travailler efficacement le périnée.
Un point important : nous allons renforcer les muscles périnéaux dans différentes positions du corps, et surtout, on veillera à éviter les hyperpressions sur le périnée.
Quelques exemples concrets
Le « repérage » en position assise
Cet exercice sert à identifier le périnée et à sentir sa remontée en utilisant le « grandir, mincir » :
- remontez le périnée comme si vous vouliez vous retenir d’uriner et observez les sensations changeantes de votre appui sur le siège ;
- puis grandissez-vous comme si vous portiez une charge lourde sur le sommet de votre tête ;
- enfin, ajoutez-y la respiration : expirez, et observez la remontée plus importante du périnée.
Le demi-pont avec la chaise
Cette pratique permet de mobiliser efficacement le périnée en le soulageant de la pression des organes qui se situent au-dessus. Selon le Dr De Gasquet, s’il y a un exercice à réaliser, c’est bien celui-ci !
- mettez une chaise contre un mur et positionnez vos talons sur le rebord de celle-ci afin que les fesses s’approchent du siège (hanches fléchies) ;
- allongez-vous sur le dos, puis grandissez-vous dans cette position en étirant la nuque vers le haut du corps (les bras sont posés au sol) ;
- puis expirez en amenant votre bassin vers l’avant du corps pour contracter les fessiers et le périnée ;
- enfin, maintenez cette position sur quelques respirations puis redescendez votre bassin vers l’arrière de votre corps tout en respirant et sentez le relâchement progressif du périnée.
Pour aller plus loin
Sachant que le périnée s’inscrit dans le mouvement respiratoire, la pratique du chant peut s’avérer utile. Une posture globale juste est indispensable pour offrir au diaphragme un appui optimal lors de l’expiration et de l’émission des sons.
Enfin, la sexualité peut constituer une rééducation qualitative précieuse, sans injonction. Si l’on parle souvent de contractions volontaires du périnée, certaines contractions sont aussi réflexes et involontaires, notamment lors de l’orgasme.
Pour résumer :
- le périnée ne travaille pas de manière isolée mais s’intègre dans un fonctionnement global du corps ;
- pour rééduquer davantage efficacement les muscles périnéaux, il est nécessaire d’appliquer une posture juste grâce à l’auto-grandissement et de s’exercer dans différentes positions pour éviter les surpressions sur le périnée.
Par Antoine Lebret, ostéopathe périnatal et pédiatrique vérifié par Medoucine.

