Ultrasensibilité ? Quès aco ? (Qu’est-ce donc ?). Si vous vous sentez ultrasensible, sachez que ce n’est pas une maladie et dîtes stop à vos souffrances.
Autant vous le dire tout de suite : je suis ultra-sensible. Je suis thérapeute sophrologue caycédienne et je me suis engagée à écrire un article sur l’ultrasensibité.
Bien sûr que tous les êtres humains sont sensibles. Plus ou moins. Et vous le devinez, les ultra-sensibles sont du côté plus sensible que la moyenne.
Bien sûr aussi, le sujet de la sensibilité n’est pas nouveau. Ce qui l’est, ce sont les recherches neurologiques qui ont avancé et commencé à donner des explications physiologiques expliquant ce vécu particulier. Et c’est passionnant…
Ultrasensible : par où commencer pour en finir avec les souffrances ?
Voilà bien le propre d’une ultrasensible… J’ai eu envie d’écrire cet article et maintenant que je suis devant mon ordinateur tout est clair dans ma tête. Mais si je pouvais vous présenter un arbre avec toutes les ramifications pour vous dessiner l’ultra-sensibilité, ses côtés pénibles et ses côtés merveilleux, cela serait plus simple pour moi. Parce qu’à la fois je tiens à ce que mon article soit sérieux et qu’il vous plaise. Comme tout le monde, me direz-vous. Sauf que l’intensité vis à vis de tout est un peu plus grande dans ma perception…

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Comprendre qu’être ultrasensible n’est pas une maladie mais un ensemble de différences neurologiques qui ne concernent pas uniquement la sensibilité.
Cette notion d’ultrasensibilité nous vient des États-Unis. D’une psychologue clinicienne, Elaine Aron¹ qui a décrit les traits principaux définissant un cadre à cet état émotionnel. Aujourd’hui, les recherches se poursuivent aux États-Unis, en Chine, au Japon, en Allemagne, en Belgique, en Italie et en Inde. Je n’emploie pas ici le terme “hypersensible” pour éviter toute confusion avec les troubles mentaux. Les Anglo-Saxons emploient le terme “hyper-sensitivity” pour des troubles traités en psychiatrie et Sensory Processing Sensitivity (SPS) pour décrire les points communs de ceux qu’ils nomment “Highly Sensitive Persons”. Afin d’enlever toute confusion, je préfère suivre leur exemple et évoquer les “Sensory Processing Sensitive”… ou plus simplement les ultrasensibles. Mais vous trouverez plein d’articles dans la presse ou dans des blogs de développement personnel sur les hypersensibles, « mes » ultrasensibles.
Le cerveau des ultrasensibles fonctionne différemment des autres
Si vous vous sentez ultrasensible, ne considérez pas votre état comme une maladie mais comme une différence physiologique. Les études montrent que 20% de la population environ est ultrasensible (les amoureux des animaux pourront s’intéresser aux passionnantes recherches faites à ce sujet² sur nos amies les bêtes). Certains chercheurs généticiens parlent d’évolution liée à la survie de l’espèce : les ultrasensibles seraient des alerteurs comme les rosiers au bout des vignes ou les canaris pour repérer les fuites de gaz avant qu’on ne lui ajoute une odeur.
Les ultrasensibles disposent de sens plus en alerte et sont plus réceptifs aux stimuli aussi subtils soient-ils : lumières perçues de manière trop vives et douloureuses, sons imperceptibles pour la plupart mais insupportables pour les ultrasensibles, odeurs pouvant les faire tourner de l’œil alors que l’assemblée en rit, toucher qui confine à l’étrange pour des parents qui ne se rendent pas compte que tel tissus synthétique “brûle” littéralement la peau ou telle étiquette sur un t-shirt est vécue comme une entaille insupportable.

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Souvent, les ultrasensibles sont qualifiés de “pénibles” par leur entourage mais ils ne comprennent pas pourquoi étant donné qu’ils sont sincères et qu’en plus ils sont naturellement plein d’empathie et de valeurs humaines profondes. De telles réflexions peuvent les pousser à un vrai désarroi. Sans compter que leur cerveau « turbine » sans cesse, qu’ils sursautent pour un rien et que leurs émotions sont très intenses, jusqu’aux larmes, souvent vers la peine, mais heureusement aussi vers la joie.
Les recherches génétiques n’en sont qu’à leurs débuts³ mais on connaît désormais plusieurs choses sur le fonctionnement différent du cerveau des ultrasensibles : la dopamine est traitée de façon différente et joue un rôle qui les pousse visiblement à rester en retrait pour bien observer une situation avant de foncer. Ils ne semblent pas attirés par les récompenses qui attirent les personnes moins sensibles. Les neurones miroirs ne sont pas plus nombreux mais sont davantage en alerte chez les ultrasensibles, ce qui explique leur forte tendance à l’empathie y compris pour de parfaits inconnus. Enfin, l’hypocampe et les amygdales jouent un rôle prépondérant dans l’éclosion ou non des émotions. Cette zone est particulièrement active chez les personnes ultrasensibles. Quand j’écris “active” c’est ce qu’on peut voir sur les IRM lors des tests réalisés en laboratoire.
Comment arrêter ses souffrances et bien vivre quand on est ultrasensible ?
La première des choses qui m’anime est de bien vous faire prendre conscience que l’ultrasensibilité étant liée à la physiologie, il n’existe aucun moyen de ne plus être aussi sensible. Ce qui serait bien dommage une fois que l’on a pris conscience des moyens pouvant atténuer les peines, ainsi que de tous les côtés positifs qui rendent aussi merveilleux notre vécu. Je vous présente ma trousse de secours à utiliser quand une personne est « touchée ».
A court terme – Trousse de secours :
Fermer les yeux : Il est important de comprendre que le traitement intensif de toutes les informations qui bombardent les ultrasensibles les épuisent.
Or, 80% des informations leur parviennent par la vue : fermer les yeux tout simplement est le premier des soulagements à s’offrir quand on est ultrasensible. Quelques secondes, si on n’a pas trop de temps, peuvent déjà aider à apaiser notre système de traitement de l’information. Alors penser à fermer les yeux régulièrement.
S’isoler : cela reste une vraie clé de soutien pour les ultrasensibles. Pas besoin de se battre, pas besoin de lutter… Partir et se retrouver seul.e. Les toilettes peuvent par exemple constituer un lieu de refuge ou un autre lieu si vous avez de l’espace… Mais s’isoler est indispensable pour retrouver le calme, non pas pour le calme mais pour permettre au système nerveux de souffler un peu. Partir et se demander : “De quoi ai-je besoin là maintenant ?” Cela peut être une tasse de thé ou quoi que ce soit d’autre. Pas besoin d’un truc énorme. Cela fait un bien fou.
S’observer avec gentillesse : c’est-à-dire sans se juger ni s’insulter. On a beau tout analyser, tout le temps, ne pas voir venir le trop plein et le débordement de la “machine” peut entraîner une situation de panique. Prendre conscience qu’on panique constitue la toute première étape pour sortir de cet état. C’est un peu comme se retrouver au milieu de l’eau qui commence à tourbillonner, c’est le bon moment pour repérer la branche à laquelle s’accrocher pour se sortir de là au lieu de se laisser entraîner par le courant. Et avec notre corps, il y a toujours une branche à notre disposition : comme la respiration par exemple.
Respirer est comme attraper la branche qui vous sortira du torrent émotionnel. Certaines études montrent que les ultrasensibles ne réagissent pas super bien aux profondes respirations alors, écoutez-vous ! Perso, ma respiration apaisante est toujours reliée à la prise de conscience de mon diaphragme qui monte et descend et du plaisir pris à sentir mes côtés s’écarter sur tous les côtés. Bien sûr, elles ne bougent pas toutes seules. C’est notre diaphragme qui les fait bouger vers l’avant, s’ouvrir sur les côtés et vers l’arrière. Mais dans notre représentation mentale, c’est souvent plus simple de mettre l’intention de bouger dans les côtes. On inspire par le nez (si on n’est pas enrhumé) en sentant ses côtes bouger, les poumons se gonflent. On retient l’air 2 ou 3 secondes et on relâche l’air par la bouche. Comme un ballon de baudruche qui se vide.
Un autre exercice de respiration qu’on peut faire pour s’éloigner du « moment brûlant » quand on est touché, c’est se concentrer sur son ventre. On inspire avec le nez tout en gonflant le ventre et on souffle par le nez tout en rentrant-serrant le ventre. Pendant une minute déjà ça aide. Mais 2 ou 3 respirations invitent déjà à détourner son attention de la peine.
Évacuer les tensions et le trop plein. Exercice de sophrologie que j’adore parce qu’il évite bon nombre de pétages de plomb. Il consiste à souffler en rentrant le ventre, puis inspirer et tendre tous les muscles en gardant l’air. On observe si des tensions autre que physiques apparaissent et quand on n’en peut plus on souffle fort par la bouche en relâchant les muscles : évacuation des tensions.
La bulle de protection. Je m’amuse beaucoup avec ma bulle mais elle permet d’utiliser l’imaginaire pour instaurer comme une barrière avec les autres. En cas de personnes en face qui ne sourient pas ou qui semblent hostiles, il faut s’imaginer dans une bulle transparente où peut entrer le bon et d’où peut sortir le mauvais. C’est un excellent moyen de rester détendu face aux stimuli.

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Créer et se panser en musique : Écouter une musique qui vous fait du bien. Dessiner, écrire, danser, préparer à manger ou repeindre un mur… si vous êtes ultrasensible, vous disposez en vous d’une solution toute trouvée pour évacuer et transformer ces ressentis, perceptions en quelque chose. N’hésitez pas. C’est aussi un cadeau pour évacuer les pensées incessantes.
Méditer : Oui, bien sûr. Mais attention à la mode des méditations à tout va. Les longues méditations silencieuses et sans mouvement ne sont a priori pas du tout pour les ultrasensibles. Sauf vous peut-être… N’hésitez pas à choisir des méditations guidées, brèves et dynamiques (les méditations font partie intégrante de la pratique de la sophrologie).
Prendre soin de soi en ayant du temps :
L’environnement joue un rôle capital dans le bien être des ultrasensibles. Mais cela pourrait donner lieu à un autre article… Prendre soin de l’environnement de votre enfant par exemple peut contribuer à lui faire du bien. Ou, si vous avez du rangement à faire et que vous êtes ultrasensibles, vous pouvez y mettre du sens (et combien on aime cela !) : c’est bon pour vous même d’un point de vue biologique.
Apprendre à ne pas se juger et à lâcher nos a priori pour observer ce qui se vit en nous : C’est mon chouchou celui-ci forcément, c’est la base du fonctionnement de notre Sophrologie Caycédienne. Mais c’est aussi parce qu’en 20 ans j’en vois les délices de liberté et de paix… C’est une discipline quotidienne mais apprendre à le pratiquer comme un jeu permet d’y arriver pour finalement être en harmonie joyeuse avec qui on est tout simplement. La vie est imparfaite, nous sommes tous imparfaits, autant jouer avec et avancer, non ?
La compassion pour soi : Outil lui aussi toujours à notre disposition : la gentillesse pour nous-même. Ce n’est pas en 2 lignes d’article que vous allez maîtriser la gentillesse pour vous-même… Mais là aussi les recherches en neurologie montrent l’impact que simplement s’adresser à soi comme à son meilleur ami aide notre système neurologique à sortir du tourbillon négatif dans lequel il s’est mis.
Apprendre à exprimer ses besoins : tout un travail de prise de conscience d’expression de ses besoins peut être effectuer. Là, on rejoint la Communication Non Violente qui peut vous enseigner comment transmettre ce que vous voulez dire sans offenser la personne en face. Parce qu’au bureau ou en famille, il faut prendre conscience que les choses peuvent aller vite ou ne pas être dites dans les formes sans que ce soit un drame pour autant. Ce qui me fait penser à la suite…
Lire Les Accords Toltèques (de Don Miguel Ruiz) : Le “Ne rien prendre personnellement” est très apaisant quand on arrive à s’en souvenir et à se l’appliquer.
Revenir à votre énergie : en sophrologie caycédienne, nous travaillons sur plusieurs niveaux et plusieurs axes, dont l’énergie, qui permet de percevoir ses émotions autrement. Vous ne percevrez plus la colère ou la tristesse ou même la peur comme avant grâce à la pratique. Toutes les émotions peuvent être mises à profit si nous apprenons à jouer avec elles comme d’un bel instrument de musique… Sauf que là l’instrument est aussi notre corps puisqu’il ne peut pas y avoir d’émotions sans notre biologie.
L’ultrasensibilité est vécue comme un fardeau quand elle n’est pas reconnue ou quand aucun des membres de la famille ne l’est comme tel. Mais ce n’est pas une malédiction : être fort d’une vie intérieure très riche, toujours en quête de sens, aide énormément à comprendre ce qui se passe en nous. Tout comme pouvoir sourire, voire rire de nos moments « ultra-sombres ».
On sait aujourd’hui que si vous êtes créatif.ve et ouvert.e aux nouvelles idées mais que vos émotions changent sans prévenir et que vous sursautez souvent, il y a de fortes chances que vous soyez ultrasensibles. Et une fois qu’on sait qu’on pilote une Ferrari, on ne conduit plus comme avant si on veut continuer à s’amuser. Tout est dit là.
Cet article n’est bien sûr en aucun cas un remplacement de thérapie. En cas de besoin, n’hésitez pas à consulter les psychiatres et autres thérapeutes qui s’intéressent à ce sujet. Et si vous avez des questions, j’y répondrai avec grand plaisir.
par Catherine Coinçon, sophrologue recommandée du réseau Médoucine.
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Références :
- Test d’Elaine Aron (en anglais) – « Highly Sensitive Test », Hsperson.com.
- Recherches sur les animaux (en anglais) : « Parallels in the interactive effect of highly sensitive personality and social factors on behaviour problems in dogs and humans », Nature.com.
- En savoir plus sur les recherches actuelles (en anglais) : Université Queen Mary – Londre : « Here’s Everything Researchers Know About High Sensitivity, As Of 2021 », highlysensitiverefuge.com.
- Recherches sur le cerveau (en anglais) : « The Difference Between the Highly Sensitive Brain and the ‘Typical’ Brain », highlysensitiverefuge.com
