Vivre avec une maladie chronique, c’est avancer avec l’incertitude pour compagne. L’annonce du diagnostic bouleverse tout : les projets, le rythme ²du quotidien, la perception de soi. Le corps, autrefois silencieux, devient un champ de tensions, de douleurs, d’alertes. Le mental s’agite, entre regrets du passé et appréhensions de l’avenir. Et le présent ? Il se dilue, happé par un imaginaire saturé d’inquiétudes.
Pourtant, c’est dans ce présent que se niche la clé. Ce moment, aussi ordinaire soit-il, porte une richesse insoupçonnée : celle de pouvoir se relier à soi, à sa respiration, à son corps, à son être profond. C’est ce retour à l’instant que propose la Sophrologie Caycédienne. Non comme un déni de la souffrance, mais comme un ancrage dans la vie.
Redevenir sujet malgré la maladie
Issue du champ médical et inspirée à la fois par la phénoménologie existentielle, les traditions orientales et la psychologie positive, la Sophrologie Caycédienne offre une méthode progressive, structurée et profondément humaniste. Elle invite la personne à mobiliser ses ressources internes, à s’extraire de la passivité induite par la douleur ou le traitement, et à redevenir actrice de son mieux-être. Par un entraînement régulier, dans une posture de non-jugement et d’accueil, elle permet de redonner corps à ce qui semblait perdu : la sensation d’exister pleinement, ici et maintenant.
Quand tout vacille, la sophrologie devient un appui. Elle ne supprime ni la maladie ni ses conséquences, mais elle réintroduit du souffle là où l’étouffement menaçait. Elle apprend à faire de son corps un lieu d’habitation, non plus seulement de douleur, mais aussi d’attention, de ressenti, d’écoute.
Le corps devient alors un terrain de découverte, une interface vivante entre l’extérieur et l’intérieur, entre le subi et le choisi. Car même dans la contrainte, il demeure possible d’explorer, de sentir, de poser des choix. La respiration, pilier fondamental de la pratique, devient le point d’entrée vers cette reconquête.

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Le temps retrouvé, la vivance retrouvée
Le temps, déstructuré par la maladie, retrouve peu à peu une cohérence. Le passé cesse d’être un poids, l’avenir une menace. Le présent devient un refuge, puis un tremplin. Ce retour à l’instant vécu, cette « vivance » chère à la sophrologie, permet de renouer avec la sensation d’exister. C’est une expérience intime, incarnée, qui échappe à la simple analyse mentale.
La Sophrologie Caycédienne ne cherche pas à faire oublier la maladie, ni à enjoliver la réalité. Elle propose un accompagnement vers une posture plus libre, plus consciente, plus alignée. Elle ouvre un espace intérieur dans lequel la personne peut cesser un instant de lutter pour simplement être. Être là, être soi, être vivante.

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Des pratiques incarnées et transformatrices
Chaque Relaxation Dynamique (RDC) devient un moment de retour au réel. La RDC 1, par exemple, permet de redessiner son schéma corporel. Non pas tel qu’il devrait être, mais tel qu’il est, ici et maintenant. Même diminué, le corps reste porteur de sensations, de messages, de vie.
La RDC 2, centrée sur les tensions inutiles de l’esprit, apprend à déposer ce qui peut l’être. Elle rappelle que si l’on ne peut pas tout contrôler, on peut néanmoins agir sur sa façon de se positionner. Et cette possibilité suffit à ouvrir un espace de liberté intérieure.
Les sophronisations offrent un accès direct à un état de conscience spécifique, calme et lucide. Elles permettent d’explorer des images, des ressources, des souvenirs positifs, qui redynamisent le sentiment d’identité. Le sujet ne se réduit plus à un symptôme, mais retrouve sa dimension globale, intégrée, habitée.
Le concept de vivance devient alors un levier majeur. Il ne s’agit pas seulement de relaxation, mais de reconnexion. Cette expérience directe et intime de soi restaure la dignité là où la maladie avait semé la confusion et le doute. L’un des pièges insidieux de la chronicité est celui de l’identification : « je suis ma maladie ». Ce glissement ontologique appauvrit la personne. La Sophrologie Caycédienne s’y oppose fermement. Elle rappelle que l’on vit avec une maladie, mais qu’on ne se réduit jamais à elle.
Accompagner sans figer, telle est sa visée. Loin d’un positivisme naïf, la sophrologie propose un réalisme lucide et fécond. Elle n’annule pas la souffrance, mais elle invite à habiter autrement l’espace du corps et du temps. Elle donne accès à une forme de présence à soi qui dépasse la seule question de la santé. C’est ainsi qu’elle peut profondément transformer le vécu des personnes malades chroniques. Pas en leur promettant la guérison, mais en leur offrant une posture existentielle nouvelle : celle d’une personne vivante avec une maladie, et non définie par elle.
Une liberté intérieure, malgré tout
Claire, 48 ans, atteinte de sclérose en plaques, témoigne :
« La maladie m’a fait vieillir d’un coup. Mais la sophrologie m’a appris à redevenir vivante… même si je boite. »
Ce qu’elle dit, au fond, c’est que la conscience, elle, peut continuer de danser, même si le corps boite. Et cette danse-là n’a pas besoin de piste, juste d’un instant, d’un souffle, d’une présence.

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Choisir de vivre : L’instant présent comme acte de liberté intérieure
La Sophrologie Caycédienne n’efface pas la maladie, et ne prétend pas offrir de solutions toutes faites. Ce qu’elle propose, c’est une autre manière d’être en vie au cœur même de l’épreuve. Une voie intérieure qui redonne souffle, espace et pouvoir d’agir là où la maladie tend à tout recouvrir.
Elle ouvre un sanctuaire intime dans lequel la personne peut se reconnecter à elle-même, au-delà des examens, des diagnostics, des traitements. Elle permet de faire taire – un instant seulement – le vacarme des pensées, l’angoisse de l’avenir, la douleur du passé. Et dans ce silence-là, l’essentiel affleure : l’expérience d’être, tout simplement.

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Un chemin vers l’autonomie existentielle
Dans un monde qui pousse à performer sans relâche, la sophrologie réhabilite la lenteur du souffle, la densité d’un mouvement conscient, la richesse d’une sensation simple. Elle nous apprend que l’instant présent, loin d’être un refuge passif, peut devenir un point d’appui solide, une porte vers la liberté intérieure.
Choisir de vivre ici et maintenant, ce n’est pas renoncer à espérer demain. C’est refuser de le faire au prix de soi-même. C’est se réapproprier le droit de ressentir, de ralentir, de savourer, de poser des actes porteurs de sens. C’est retrouver, malgré tout, la dignité d’être sujet, même dans la maladie, même dans la vulnérabilité.

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Et c’est peut-être cela, au fond, la promesse silencieuse de la Sophrologie Caycédienne :
non pas effacer la maladie, mais soutenir l’être dans sa quête d’une qualité de vie pleine de sens et de valeurs.
par Adeline Kameni, sophrologue caycédienne et logothérapeute du réseau Médoucine.
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