Le consentement est libre, éclairé, enthousiaste. Depuis la résurgence du mouvement #metoo de 2017, cette notion fondamentale est principalement rappelée et enseignée dans les milieux féministes et associations de protection des femmes et minorités de genre. Pour autant, le consentement reste encore trop souvent cantonné au seul domaine de la sexualité. Alors qu’il a voix au chapitre partout, tout le temps et dans tous les domaines. Et qu’il doit bien entendu aussi être présent dans une thérapie.
En 2017 justement, la sortie d’un livre m’avait marquée sur cette notion de consentement : « Le livre noir de la gynécologie » par Mélanie Déchalotte. Dans cette enquête, la journaliste recueille la parole de femmes et minorités de genre sur les violences gynécologiques et obstétricales subies lors d’intervention à l’hôpital, ou lors de simples consultations de routine dans un cabinet gynécologique. On y découvre les voix de dizaines de personnes qui racontent toutes des violences systémiques : ou comment ielles, entrant dans le cabinet d’un.e médecin* (*auréolé.e de la posture du/de la sachant.e utime) ont subi des interventions inutilement invasives, violentes, douloureuses et ont souffert en silence, pensant qu’un examen se passait « comme ça ». Dans ces mots, j’ai reconnu les miens, et ceux d’ami.e.s autour de moi. J’ai aussi entendu un terme qui manquait à chaque environnement ayant permis ces violences : le consentement. Ou plutôt son absence.

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Le consentement est partout, tout le temps
Nous sommes en 2024, et il est grand temps de comprendre quelque chose : la notion de « consentement » ne s’applique pas qu’au domaine de la sexualité. Le consentement a voix au chapitre partout, tout le temps ; Qui plus est, il devrait évidemment être évoqué dans un rapport thérapeutique de confiance, un endroit où des personnes viennent se déposer dans un état de vulnérabilité.
Mais d’abord : qu’est-ce que le consentement ?
L’association « Consentis », qui sensibilise le grand public au consentement dans les milieux festifs (et forme les professionnels de ces mêmes espaces) en donne une définition très complète via cet acronyme : I.r.é.e.ls. Car le consentement est Informé, Réversible à tout moment (même si l’activité a d’abord commencé par un « oui »), il est aussi Enthousiaste, Éclairé (il ne se donne pas en état modifié de conscience), Libre (céder n’est pas consentir) ; Enfin le consentement est aussi Spécifique, dire oui à une activité particulière n’est pas donner son accord pour toutes les autres.

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Comment je m’assure du consentement de mes consulté.e.s lors des séances
Je commence chaque consultation par… Le nommer tout simplement. Et ce, dès le début de la séance. « Vous êtes ici dans un endroit où le consentement, le vôtre, est primordial. Si à n’importe quel moment, une proposition, un exercice, une question ne vous parlent pas, n’y répondez pas. Et vous avez le droit de refuser un exercice. Cela ne veut pas dire que le travail ne sera pas fait, simplement que nous chercherons ensemble une autre « porte d’entrée » qui vous parle mieux et avec laquelle vous êtes réellement en accord».
C’est simple, cette phrase est courte, et pourtant elle change tout. Elle change le lien de confiance qui s’établit d’accompagnant.e à accompagné.e, elle change la manière dont la personne se livre, elle change la manière dont elle s’engage encore plus dans le processus thérapeutique.
Amener le consentement au cœur de ma pratique m’a toujours semblé évident, mais je ne m’attendais pas aux réactions que cela allait entrainer : très souvent, à ces quelques mots, la personne en face de moi a une émotion, qui se traduit régulièrement par un mouvement corporel, un relâchement des épaules accompagné d’un soupir. J’ai souvent entendu dans ces moments des « merci » murmurés. Entendons-nous bien : c’est un instant très beau à vivre, mais ce n’est pas normal. Il ne doit plus être « normal » que des personnes cherchant une aide thérapeutique viennent au cabinet sans cette assurance que leur consentement sera respecté à chaque instant.

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Rappeler le consentement… Pour créer un lieu safe
Un autre aspect pour moi de ce consentement en cabinet est de faire ce rappel : «Vous êtes la/le sachant.e de vous et de votre corps. Personne d’autre. Si vous ressentez quelque chose, vous le ressentez, point. Personne ne peut vous dire le contraire ». Aujourd’hui, les études montrent enfin ce que les femmes et minorités de genre s’évertuent à dénoncer depuis des années : l’univers thérapeutique est encore largement envahi par des biais sexistes. Mais aussi évidemment des biais racistes, homophobes, transphobes, grossophobes, etc.
À titre d’exemples, en France, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes dans le monde (56% des femmes en meurent contre 46% des hommes) ; Cependant, l’infarctus du myocarde demeure sous-diagnostiqué chez les femmes : 13% d’entre elles, en cas d’infarctus, se voient d’abord prescrire un anxiolytique.
Et les « mauvais diagnostics » augmentent si la personne soignée est à l’intersection de plusieurs discriminations. Une étude menée en janvier 2024 par un médecin urgentiste de Montpelliers montre que les cas de femmes et personnes racisées sont jugés moins graves, pour des symptômes identiques, que ceux des hommes ou des personnes blanches. Un résultat qui avance l’importance des préjugés dans le diagnostic des soignants. Dans le détail, le cas d’une femme noire est jugé grave dans 40% des cas ; celui d’un homme blanc dans 60% des cas.
Conscient.e de cela, il parait évident que le fait de reconnaître l’existence de ces biais, pour les combattre, et de rappeler le consentement sont fondamentales, qu’il s’agisse du milieu médical ou du domaine de la santé mentale.

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Non, c’est non
Praticienne en thérapie brève, en hypnose ericksonienne et en PNL* (Programmation Neuro-Linguistique) je peux être amenée lors d’exercices (notamment en hypnose et en PNL) à toucher la personne. En hypnose, il existe de fait des points de contacts, qui aident à l’induction hypnotique, et qui sont les suivants : les poignets, le front, le genou… Et c’est tout. Pour autant, si cela peut constituer une « aide » à la transe, cela n’est en aucun cas une condition sine qua non pour vivre une hypnose. Et ce contact se demande, le consentement de la personne se vérifie, et sa réponse doit être explicite.
Si c’est non, c’est non. Et la personne a pour autant le droit à la meilleure séance possible, pour obtenir les meilleurs résultats dans l’évolution de sa santé mentale.
par Jessica Martinez, praticienne en hypnose du réseau Médoucine.
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