Marcher. Seul ou avec d’autres. Faire le tour de son quartier, marcher sur la plage, se lancer dans l’ascension d’un sommet, s’aventurer sur un parcours de plusieurs jours, une traversée de plusieurs semaines… De la petite balade à la grande randonnée, marcher nous fait du bien !
« La marche est souvent un détour pour se rassembler soi. » – Éloge de la marche, David Le Breton
La simplicité de la marche
La marche à pied nous fait sortir de la sédentarité et mettre notre corps en mouvement. Nous nous laissons entrainer par la rythmicité de nos pas qui se calent sur le rythme cardiaque, sur le souffle. La régularité, la continuité de ce mouvement procure comme une enveloppe qui berce le marcheur et le ramène en des temps premiers de portage, de lenteur. Marcher c’est se porter en se laissant porter. La marche est maternante. Le marcheur est dans un état qui mobilise toutes ses ressources auto-portantes. C’est un état méditatif qui s’installe dans cette régularité et cette torpeur qui s’empare du marcheur.
Marcher c’est :
- Retrouver ses rythmes physiologiques, les désentraver, les libérer de leurs tensions, de leurs enclaves, respirer à pleins poumons, aller au bout de ses foulées, de ses regards.
- Faire l’expérience, lors des marches prolongées, d’une individualité en connexion avec la terre, avec un monde vaste, avec quelque chose qui nous dépasse et nous transcende, et vivre ce qui s’apparente à une émotion spirituelle.
- Retrouver ses appuis, profiter de la largeur de son pied au sol. S’ancrer dans un rapport au sol essentiel, se sentir des racines et des ailes. Sentir son pas varier au fil de la journée, son esprit aussi, son humeur.
- Laisser être ce qui doit être. Faire du rangement à l’intérieur de soi.
- Laisser la magie du mouvement opérer pour que remonte à la surface le plus important et que le futile s’évapore et se dissolve. Laisser décanter les problèmes insolubles. Tout se passe comme si la marche amenait l’esprit là où il avait besoin d’aller.

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Marche, rêverie, sensorialité
« La marche est ouverture au monde. Elle rétablit l’homme dans le sentiment heureux de son existence. Elle plonge dans une forme active de méditation sollicitant une pleine sensorialité. On en revient parfois changé, plus enclin à jouir du temps qu’à se soumette à l’urgence prévalant dans nos existences contemporaines. Marcher, c’est vivre par corps, provisoirement ou durablement. »
La douce rêverie qui accompagne la marche, à la fois ramène à soi et projette le marcheur vers l’avant de lui-même vers son futur, ses projets.
Le mouvement de balancier des bras, le regard porté vers l’avant favorise aussi le retour sur des idées, des pensées, des souvenirs. La pensée fluide qui accompagne la marche est une pensée qui avance même lorsqu’elle revient sur du passé. On peut observer ce qui se passe en soi, les associations d’idées, la rêverie qui parfois amène des idées lumineuses. Et aussi, laisser son regard aller, bouger, et se délester ainsi de ce qui nous pèse. C’est en marchant que Francine Shapiro, lors d’une promenade dans un parc, a découvert les bienfaits des mouvements oculaires et a développé les bases de la méthode EMDR.
La marche nous permet de prendre de la distance pour revenir le regard neuf et… de laver son regard, resserrer la focale ou ouvrir le champ de vision, selon les moments du jour ou les besoins de chacun. La marche est une activité poétique et philosophique, un lieu de ressourcement où le marcheur fait l’expérience de la vitalité.

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Marcher ensemble
Ce retour à soi peut aussi se faire à plusieurs. Choisir de partir en groupe ou de s’associer à d’autres marcheurs rencontrés sur le chemin, c’est être ensemble tendus vers un même objectif. En silence, en chantant, en jouant, en parlant. Ces temps suspendus où le fait de cheminer ensemble permet de se parler, plus lentement, plus posément, ou de ne rien se dire, sont des instants précieux. Ils permettent d’oser être ensemble sans se parler de laisser les silences s’étirer. Laisser du temps entre les mots pour s’accorder sans y prêter attention.
Marcher ensemble, c’est aussi offrir à l’autre un espace à l’intérieur de soi par le simple fait d’être là ensemble. De s’assurer mutuellement de la présence, de la réalité tangible d’un ou plusieurs autres à ses côtés. C’est ressentir les distances, le temps qui passe. Soigner les petites blessures quotidiennes du marcheur aux pieds bien sollicités. Avoir froid ou faim ou soif ensemble. Sentir ses appuis, ses muscles parfois fatigués, mais vivants. Se dépasser, se sentir capable de réussir à monter en haut de tel sommet, d’avoir de l’endurance. Regarder ensemble un ciel lumineux, un champ de fleur. Être au contact des éléments, du vent, de la pluie, du soleil, des arbres et des animaux.
La marche est un travail d’humanité. Elle nous fait entrer dans un autre rapport aux sens, nous permet de renouer avec notre sensorialité et de redevenir attentif aux petites choses, au minuscule, au rayon de soleil dans un sous-bois, à la pensée sauvage qui pointe entre deux cailloux, au goût de la noisette ou du carré de chocolat grignoté à la pause, à la fraîcheur d’une eau de source.
par Christelle Salomon, psychothérapeute et praticienne EMDR du réseau Médoucine.
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29 juin 2023 at 23 h 09 minLa marche à pied est un pléonasme; on dit la marche.