Le deuil est un sujet méconnu dans notre société qui fait de la mort un tabou. Pourtant, spectacularisés en outrance dans les médias, la mort, et le deuil sont rapidement refoulés, dans l’espoir de laisser place sans délai au bonheur qu’on mérite.
Or, le deuil n’est pas un ennemi à passer sous silence. Il est un compagnon qui nous aide à nous adapter, et qui nous emmène dans une transformation profonde vers votre nouveau moi, vers la découverte d’un nouveau destin.
Le deuil, qu’est-ce que c’est ?
Issu du verbe latin « dolere » qui signifie souffrir, le deuil désigne la souffrance mentale vécue lorsqu’on perd une situation, quelque chose, et surtout un proche. Résolument solitaire et intime, cette souffrance est différente pour chacun, unique et dépend du lien qu’on entretenait avec la personne, son âge, les circonstances de son décès, notre personnalité et les expériences de deuil déjà vécues auparavant.
Encore plus vive aux dates anniversaires ou lors d’événements spéciaux tels la célébration de Noël, la douleur ressentie fluctue en fonction des jours, voire même d’une minute à l’autre et nous emmène vers des territoires de nous-mêmes jusque là inconnus.
Les grandes étapes du deuil mises en évidence par Elisabeth Kubler Ross, une des pionnières des soins palliatifs, qui sont le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation se chevauchent, se déplacent ou même se refoulent. Elles ne se vivent pas toutes de manière successive pour chacun, ni au même moment. Un couple endeuillé, par exemple, peut d’ailleurs être en grande difficulté de compréhension l’un de l’autre, vivant les choses à des moments différents et ne se comprenant plus.
Selon Christophe Fauré, psychiatre spécialisé dans l’accompagnement du deuil, ce processus aura lieu, qu’on l’accueille consciemment ou qu’on le mette sous le tapis. Comme une cicatrice, ce n’est pas le temps qui la guérira, mais plutôt ce qu’on fera pendant ce temps, qui passera de toutes les façons.

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Comment faire son deuil ?
Le deuil n’est pas une chose que l’on fait, nous explique Christophe Fauré. C’est un travail, un processus, une reconstruction d’un monde intérieur qui s’est effondré le jour où nous avons appris le décès de notre proche.
S’entourer d’un réseau de personnes qui nous marchent à nos côtés pendant tout ce processus de reconstruction est dès lors très aidant. Un groupe de parole, des proches, des professionnels qui nous écoutent parler encore et toujours de cette même personne, de notre vie et de nos liens avec elle, cela fait diminuer petit à petit la charge émotionnelle et douloureuse qui pèse sur nous.
Il serait normal que vous n’ayez aucune envie de décrocher votre téléphone pour demander de l’aide. Mais désormais, ce n’est plus en vous posant la question « Est-ce que j’en ai envie » que vous devrez fonctionner. Demandez-vous plutôt si cela vous sera utile, nous propose encore Christophe Fauré. Vous faire aider vous sera utile à terme, pour le moment où vous aurez commencé votre autre vie, par respect pour votre nouveau moi.
Car après avoir vécu la mort dans notre chair, perdu nos repères, et avoir fait de l’être aimé le centre de notre vie, c’est un mouvement vers l’extérieur qui nous anime enfin. On recommence lentement à structurer notre quotidien autour de nouvelles habitudes, de nouveaux environnements.
On comprend par exemple que ce n’est pas parce que nous arrêtons de le pleurer que nous l’oublierons. Au contraire, parce qu’on aura décidé d’opter pour la vie, pour notre vie, on participera à honorer sa mémoire.

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Est-ce que le deuil se termine enfin un jour ?
Le deuil n’a pas de fin. On ne se lève pas un jour en se disant que maintenant on ne souffre plus de l’absence de notre proche disparu. Par contre, on se rend compte soudainement qu’on n’y avait pas pensé l’espace d’un instant. Et que ces instants, ajoutés l’un à l’autre, se prolongent peu à peu, jusqu’à nous permettre d’insuffler à nouveau de la vie dans notre quotidien.
Le deuil devient un compagnon de route, une tristesse douce, parfois ravivée, mais devenue plus soutenable avec le temps et surtout grâce aux personnes qui nous entourent et les actions qu’on a mises en place.
De plus, le deuil nous a profondément et irrémédiablement transformé. Il y a le soi d’avant, et celui d’après l’isolement dans la douleur, avec une conviction qu’une vie heureuse est possible.

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Le sens nouveau de votre vie
Trouver du sens à un deuil, c’est-à-dire « en faire quelque chose » est une occasion de croissance personnelle. Ce processus n’est pas une décision que l’on prend toutefois. Cela nécessite du temps, et n’arrive potentiellement qu’une fois que notre désarroi a fait place à une énergie motrice qui nous pousse à transformer l’impuissance face à l’événement en action salvatrice pour soi, et pour les autres aussi parfois.
Au long cours, le deuil nous sert à faire vivre autrement la personne aimée, à créer une relation nouvelle avec elle, intérieurement. Et à nous tourner à nouveau vers la vie et le reste du monde.
Nos valeurs changent alors, nous ne voyons plus la vie de la même façon. Certaines choses qui étaient importantes pour nous avant finissent par nous paraître insignifiantes. Beaucoup développent même une plus grande capacité à affronter les défis futurs, habités d’une force jusque là insoupçonnée.

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L’impermanence, la leçon apprise avec le deuil
La vie revient en nous et autour de nous. Elle est sans cesse mouvante et changeante, sous un aspect différent en fonction des épreuves qu’elle pose sur son passage.
Rien n’est permanent, pas même la souffrance terrible d’avoir perdu un être cher.
Et le deuil est notre allié pour comprendre que toute situation est destinée à changer et à nous transformer, à nous redonner vie, au-delà de la mort.
Sources :
- FAURÉ Christophe, « Vivre le deuil au jour le jour », Albin Michel, 2018, 384p.
- MASSON Josée, « Mort, mais pas dans mon cœur », Desclée De Brouwer, 2019, 396p.
- BARBARAS Simon, « La rupture pour vivre », Robert Laffont, 1997, 206p.
par Alison Fautré, praticienne en psychothérapie, thérapie de couple et familiale du réseau Médoucine.
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Christelle
14 février 2024 at 17 h 38 minN’oublie pas que le chagrin est une vague qui va et vient. Prends soin de toi, et n’hésite pas à te faire aider si tu en ressens le besoin. La plaque funéraire Rembr avec QR code est une belle façon de garder ton proche en mémoire.