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Deuil et sophrologie : comment dire bonjour au lieu d’adieu

La sophrologie pour mieux traverser le deuil

Notre actualité nous confronte à la mort. Que puis-je apporter en tant que sophrologue à la société ? Quelle peut-être ma contribution en tant qu’être humain à ceux qui vivent une période de deuil ? La sophrologie peut apporter un soutien à l’épreuve du deuil. Quels peuvent être les bénéfices d’une « cure » sophrologique à la suite d’un décès ?

Nous connaissons tous les 7 phases de deuil décrites par Élisabeth Kübler-Ross psychologue (décédée en 2004). Nous pouvons les percevoir chez ceux qui nous entourent – amis, relations, proches, clients… Il semble qu’elles fassent partie d’un deuil réussi. 

 

La sophrologie, une aide pour franchir l'épreuve du deuil

© Pexels

 

J’ai été confronté dans mon adolescence à la disparition de proches. Ces deuils font partie de ma vie. Ils sont constitutifs de mon existence sur de nombreux points. Ils ont sans doute exacerbé ma sensibilité et mes engagements professionnels.

Ces propos ne sont pas là pour parler de moi, ils témoignent de limportance des deuils et de la mort. Car la mort a été pour moi, pendant de nombreuses années, plus importante que la vie, et en même temps, elle donnait à mon existence un sel particulier.

La conscience ne peut se constituer sans cette donnée essentielle : nous allons mourir. La vie n’en a que plus de prix.  

Que nous révèle la crise sanitaire ?

Que peut apporter la sophrologie à la société, particulièrement face au deuil ? La crise sanitaire que nous vivons est philosophiquement très riche : au nom d’un risque sanitaire réel, l’OMS a choisi d’éloigner la vie par peur de la mort. Le confinement est une épée de Damoclès. Nous sommes désormais des fantômes. Notre visage est anéanti par un masque. Nous ne pouvons plus partager nos expressions sur notre visage. Or l’humain est fait d’émotions et il a besoin de les communiquer.

Nous voyons aussi le mal qu’a fait le confinement aux personnes âgées dans les maisons de retraite où le risque de syndrome de glissement des résidents, faute d’être touchés, embrassés, visités par leur proches, a peut-être contribué à la mort de certains, alors que nous souhaitions les protéger. Dans un reportage lors de l’émission Interception sur France-Inter, certains résidents ont évoqué leur choix de mourir plutôt que d’être privés de visites. 

Les vivants des maisons de retraites n’ont-ils pas leur mot à dire ? N’avons nous pas les outils intellectuels suffisants pour choisir « masque or not masque » ?  L’état a choisi la sécurité au détriment de la liberté. D’après moi, le paroxysme de ce confinement a été lorsque les morts du coronavirus n’ont pas eu droit aux au revoir nécessaires pour permettre à chacun de faire son deuil. Le disparu est dans l’éternité. Comment lui dire adieu ?

 

EHPAD sans visiteurs

© Pexels

 

Dans un article publié par Laetitia Cuisinier Calvino, psychologue et prestataire de l’association Epsylon, plusieurs pistes ont été élaborées. L’une d’entre elles est la création d’un rite personnel et l’utilisation par la suite d’un lien vivant et intérieur avec le défunt en s’inspirant de la thérapie narrative de Michaël White (décédé en 2008) issue du monde aborigène en Australie. 

Deuil : Dire bonjour au lieu d’adieu


La tristesse du deuil est l’expression d’une joie passée
. Ce n’est pas une dépression. En effet l’idée que nous pouvons vivre avec nos morts est rassurante. Ils ont une place dans notre vie aujourd’hui. La séparation, comme celle de notre mère lorsque nous sommes bébé, se fait avec moins de douleurs, puisque nous y mettons du symbolisme, du rite, voire de l’imaginaire. N’est ce pas cela qui fait notre humanité ?

En tant que sophrologue, je propose (parfois, si nécessaire) à mes clients de revivre les moments importants avec leurs êtres chers. Je les invite à créer un espace intérieur « sécure » avec lui ou elle, où ils pourrons dialoguer, vivre l’un avec l’autre, se parler, ressentir la présence corporellement. Le mental ne fait pas de différence entre le réel et l’imaginaire. Le corps, en revanche, vit ce qu’on lui donne dans cet espace dit « sophroliminal », proche du sommeil.

Chacun peut alors y aller, sans risque, le temps nécessaire pour que l’absence se transforme. Laissons la place à la tristesse et aux larmes car elles sont fondamentales, signes de la joie passée à être ensemble et vivants.

 

Deuil : faire de la place à la tristesse et aux larmes

© Pexels

 

Il est bon que cela passe par le corps, sinon notre corps, nos cellules, ne se sentent pas écoutées et alors nos “mal-à-dire(s)” deviennent des maladies. Laissons passer, accueillons cela dans la paix.

 

La culpabilité qui émerge parfois, elle aussi, peut être travaillée en s’inscrivant dans le présent, l’ici et maintenant. Je n’hésite pas à utiliser l’ho’oponopono, une autre pratique indigène, si nécessaire. Nous n’avons aucune obligation au bonheur tout de suite, vivre comme si de rien n’était … La non-écoute de soi est destructrice.

L’espérance pour envisager un autre futur

Frédéric Boyer, dans son livre Là où le cœur attend nous parle de ce moment de transformation. Plus rien ne sera comme avant. Il explique avoir vécu une dépression et nous raconte l’importance de l’espérance.

Je sais que c’est un terme chrétien. La sophrologie est laïque. Elle s’inspire du platonisme qui a grandement inspiré la religion chrétienne. Il n’y a pas à rougir de nos apports spirituels dans nos pratiques. La religion, à l’origine, est créée pour relier les hommes. Nous avons tous besoin de rites.

La question de la mort en France m’a beaucoup travaillé. J’ai passé une partie de ma vie en Afrique. Philippe Aries grâce à son essais sur la mort en occident m’a éclairé. Pourquoi l’occident ne faisait-elle plus attention à la mort dans les années 2000 ? Grâce à cela, j’ai été moins dans le jugement. La question de la mort semble avoir repris sa place aujourd’hui.

 

L'espérance après le deuil

© Pexels

 

Il est vrai que nous vivons avec le terrorisme et la crise sanitaire quelque chose de terrible. Cela peut aussi redonner du sens à la vie. Ce sens de la vie, nous le travaillons sans cesse en sophrologie. Nous allons – sans cesse – remettre en question dans notre corps, notre conscience, la place de la vie et de sa valeur.

Le courage de faire face et de venir en « cure » sophrologique

Tous mes clients sont très courageux. Ils font appels à mes compétences d’écoutant et de technicien pour les accompagner dans ce moment particulier du deuil. 

Nous sommes saisis. Nous pouvons nous révolter, être en colère, tristes. Il est nécessaire de lâcher cela quelque part et trouver en soi les ressources nécessaires pour faire face. Malgré tout, il faut vivre, aimer à nouveau, différemment, se placer dans l’espérance. À l’instar d’une cure psychanalytique, ce que je nomme la « cure » sophrologique du deuil apporte une connaissance de soi. Surmonter un deuil grâce à la sophrologie est une réécriture de son existence, une exploration de sa conscience et l’apprentissage d’outils pour réguler ses émotions, se protéger. Cela permet de stimuler son énergie interne et vitale, et de se projeter petit à petit vers un avenir serein, où le ou la disparue a sa place pour partager, toujours et encore, la vie et toute sa beauté…

Car la vie est miraculeuse, ne l’oublions pas. Même dans ces moments abyssaux, rappelons-nous que nos épreuves nous apportent toujours quelque chose de plus grand que nous-même. Car nous nous dépassons, bien souvent…

 

Par Emmanuel Crouail, sophrologue certifié et validé par Medoucine.

Emmanuel Crouail A propos de l'auteur

Sophrologue à Nantes

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