Je ne m’aime pas. Cette phrase revient fréquemment et recouvre des réalités très différentes. L’image de soi se construit au fil de l’histoire personnelle, des expériences vécues et du regard des autres, et peut être fragilisée par de nombreux événements. Comprendre ses mécanismes est une première étape pour pouvoir la faire évoluer.
Comprendre la perception de soi
Combien de fois ai-je entendu mes patients dire : « je ne m’aime pas ». Mon expérience clinique m’a amené à comprendre ce qui se jouait derrière cette croyance, souvent vécue comme une fatalité.
L’expression « je ne m’aime pas » recouvre en réalité de multiples significations et peut renvoyer à :
- L’apparence physique : « mon apparence ne me plaît pas »
- Des jugements globaux sur soi : « je suis un incapable »
- Une dévalorisation morale : « je gâche la vie des autres »
- Un sentiment d’indignité : « je ne mérite aucune considération »
Une image dégradée de soi peut avoir des origines diverses : violence physique ou psychique, accident, maladie, vieillissement mal vécu. Les causes peuvent être récentes ou anciennes. De simples mots entendus dans l’enfance, parfois innocents en apparence, suffisent à altérer durablement le rapport que l’on entretient avec soi-même et avec les autres.
Que mon image ne me plaise pas constamment est pourtant parfaitement normal. Certains jours, je me trouve plus ou moins à mon avantage. Ce ressenti peut être un signal utile : « Il faut prendre soin de toi, te soigner, te reposer. »
Une image saine de soi est une représentation suffisamment stabilisée et acceptée, permettant de se construire et d’évoluer. Pour les personnes souffrant d’un déficit narcissique, il en va autrement.
Certaines se créent une image qui ne leur correspond pas. D’autres, faute de reconnaissance dans le regard d’autrui, courent jusqu’à l’épuisement après une image labile impossible à atteindre.
Les racines du regard que nous portons sur nous-mêmes
Quand je me regarde, tout compte fait, est-ce bien moi que je vois ? N’est-ce pas plutôt l’idée que je me fais de moi ? Suis-je maître de mon image, sachant qu’elle est façonnée par mes héritages familiaux et sociétaux ?
Plus profondément encore, une question hante tout être humain : Suis-je digne d’être aimé ? Étant un être incarné, possédant un corps et un esprit, être aimé passe inévitablement par mon apparence. Non pas une apparence superficielle, mais une apparence habitée, animée d’un cœur et d’une âme.
Les dégâts psychiques sont immenses chez un enfant qui ne se sent pas désiré. Ne pas être désiré, c’est être rejeté dans son être même. Cette blessure altère l’image mentale de soi et atteint l’être dans sa profondeur. Cette sensation se retrouve également chez les personnes qui se sentent invisibles aux yeux des autres. Cela peut mener à une forme de dématérialisation physique ou psychique, comme si leur corps cessait d’exister pour le monde.
Ne se sentant pas aimée, la personne peut intérioriser : « Si je suis invisible, c’est que je ne mérite pas d’être vu. »
Cette pensée conduit parfois à des attaques contre sa propre corporalité. On pense aux personnes anorexiques qui, se sentant mal aimées, choisissent de disparaître aux yeux du monde en se privant de nourriture.
Avoir été violenté ou ne pas s’être senti désiré entraîne des atteintes à l’estime de soi, pouvant aller jusqu’à la déréalisation ou la dépersonnalisation. Ces souffrances se manifestent par :
- Une forte dévalorisation de soi
- Ou à l’inverse un narcissisme démesuré
- Un rejet des autres
- Ou un attachement excessif

Les chemins de reconstruction de l’image de soi
En tant que thérapeute, je considère qu’il n’y a aucune fatalité. Nous sommes constamment en quête de nous-mêmes. Parfois nous nous perdons, mais il existe toujours des voies pour se retrouver et se vivre pleinement dans son être incarné.
Par exemple, si je me trouve trop gros et que j’en souffre, ce constat peut être bénéfique. Je peux décider d’agir pour améliorer ma santé. Mais lorsque je surréagis, c’est souvent que le problème est plus profond : le rejet de mon apparence est l’arbre qui cache la forêt.
La manière dont je me vois est le résultat d’un long processus mêlant histoire personnelle et émotions. Je m’aime ou je ne m’aime pas selon :
- Ma relation aux autres
- La manière dont j’ai su valoriser ma vie
- Les expériences qui ont façonné mon identité
Certains individus parviennent à transformer leur image d’eux-mêmes grâce à l’accomplissement. Les sportifs handisports, les intellectuels, les artistes ou les scientifiques témoignent de cette possibilité : c’est en réussissant, en se réalisant dans la vie, qu’ils ont conquis leur propre beauté.
« Même si la vie semble difficile, il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire et réussir. » Stephen Hawking

Trouver sens et cohérence pour renforcer l’estime de soi
Être fier de soi signifie avoir traversé des difficultés et en être sorti grandi. La vie est faite d’épreuves : pour avancer, il faut rester debout, se renouveler, être capable de remise en question. Lorsque le goût de vivre s’émousse, il est urgent de réinvestir son existence en cherchant de nouvelles sources de motivation.
À côté de l’approche psychodynamique axée sur l’inconscient, la logothérapie constitue un outil particulièrement efficace pour relancer la dynamique de vie quand elle s’est enrayée.
Créée dans les années 50 par Viktor Frankl, psychiatre disciple de Freud et Adler, cette méthode valorise :
- La dimension vécue de la personne
- La libération de la parole
- L’introspection visant à réactiver les ressources propres
- La mise à jour des valeurs personnelles
Elle permet de révéler ce qui, au-delà des déterminismes, forme l’ossature de notre singularité.
Ce qu’il faut retenir
Pour s’aimer, il faut apprendre à se connaître, à s’accepter tel que l’on est, puis à agir pour donner du sens à son existence. L’image de soi n’est jamais figée : elle peut être blessée, mais aussi reconstruite, enrichie et éclairée par nos choix, nos engagements et nos réussites. Nous possédons en nous bien plus de ressources que nous le soupçonnons. Et si finalement la vie nous oblige à faire preuve de créativité quand on y pense n’est-ce pas là que réside la clé de notre épanouissement ?
par David HELFT, psychopraticien intégratif et logothérapeute vérifié par Médoucine.
