On estime que 85% des couples vivent des conflits répétitifs sans comprendre pourquoi ils n’arrivent pas à en sortir. Si vous vous disputez toujours pour les mêmes sujets – argent, tâches ménagères, éducation des enfants, autonomie – le problème ne vient pas de ces sujets eux-mêmes.
La bonne nouvelle est qu’il est possible de sortir de ces automatismes relationnels et retrouver une communication apaisée en faisant attention à « comment on communique » plutôt qu’à ce que nos mots disent.
Dans cet article, nous explorerons comment identifier les schémas relationnels invisibles qui maintiennent ces conflits, pourquoi les conseils classiques échouent, et comment l’approche systémique peut transformer durablement votre communication de couple.
« l’amour c’est du taff et ça se travaille » Catherine Ringer / Les Rita Mitsouko
Pourquoi les couples tournent en rond : comprendre les schémas relationnels
Les difficultés se manifestent la plupart du temps par des automatismes de communication qui se répètent sans que les membres du couple ne puissent en comprendre les raisons. Cela peut provoquer du désarroi, un sentiment d’impuissance et de l’hostilité dans le couple.
Les signaux d’alarme que j’entends régulièrement en consultation :
- « Je suis frustré(e), je n’arrive plus à aborder certains sujets de peur de mal faire »
- « Je me sens bloqué(e) pour initier des discussions importantes »
- « Je l’aime mais je n’en peux plus », « Il n’éprouve plus de désir depuis deux ans »
- « Je ressens un détachement émotionnel »
- « J’ai un sentiment d’enfermement, comme un mur »
- « J’ai peur de le-la blesser et de la-le perdre »
Ces habitudes s’installent progressivement et créent un climat de conflit, d’insatisfaction et un sentiment de déconnexion qui n’est en réalité qu’un désaccord sur la façon de communiquer, sur qui décide quoi et sur la forme de la discussion plutôt que sur le fond. Ces schémas cachent le plus souvent des enjeux cachés pour le couple et ses membres.

Ce qui se cache derrière les disputes répétées
Le « contenu officiel » ou le « déclencheur » de la discussion tendue est souvent un leurre pour ne pas aborder d’autres sujets de fond tels que, par exemple, l’équilibre de la relation, la répartition des pouvoirs et les règles implicites de fonctionnement du couple. Comme le souligne Philippe Caillé (1993), les conflits de surface masquent toujours des enjeux systémiques plus profonds liés à l’organisation même du système familial.
Quand un couple se dispute toujours pour les mêmes sujets, argent, tâches ménagères, enfants, le problème ne porte jamais vraiment sur ces sujets ! Ces conflits révèlent des schémas relationnels invisibles : qui a le pouvoir de décider ? Qui peut exprimer ses besoins ? Comment les décisions se prennent-elles ? Etc.
On croit se disputer sur l’argent ou les enfants, mais en réalité on négocie qui contrôle quoi dans la relation et ses besoins fondamentaux. Ces disputes ne font que maintenir un équilibre souffrant par peur d’un déséquilibre vertueux qui pourrait améliorer le quotidien.
Un exemple concret : quand les automatismes prennent le contrôle
Aïcha et Jean-Louis sont en couple depuis 20 ans et ont deux enfants. Ils se disent vivre sans arrêt dans l’épuisement et l’évitement. Il dit : « Elle me reproche beaucoup de choses par rapport aux courses, aux papiers et je réagis en évitant parce que quand elle demande de l’attention, ça m’énerve » Elle, de son côté, se sent épuisée : « J’ai aussi besoin de soutien, j’ai envie que tu fasses attention à moi et quand je te dis ça, tu évites encore plus et je compense en prenant tout en charge et je m’épuise davantage et je t’en veux et je t’exprime plus de reproches et tu évites .. c’est un cercle infernal”. Et le cycle recommence … Quand Aïcha exprime la demande et que Jean-Louis se ferme. Elle exprime un besoin Il l’entend comme une critique et il se ferme. Elle se sent rejetée, elle insiste davantage il se sent harcelé et se ferme encore plus, elle insiste de plus en plus, et ainsi de suite.
Les tâches s’accumulent, les reproches remplacent les demandes, la communication devient impossible, l’évitement s’installe, le quotidien devient un champ de bataille et le pattern se répète chaque jour.
Ces automatismes sont invisibles pour les couples. Chacun pense que le problème vient de l’autre ou de soi, mais les deux partenaires sont prisonniers de ces schémas qu’ils alimentent sans le savoir.
L’approche systémique, développée notamment par Philippe Caillé, Eric Trappeniers et Mony Elkaïm, nous enseigne que les problèmes de couple ne sont jamais individuels mais toujours relationnels. Cette perspective permet de comprendre comment chaque partenaire participe, sans le vouloir, au maintien des difficultés qu’il souhaite pourtant résoudre.

Pourquoi ne sort-on pas de ces “mauvaises habitudes” tout seul ?
Internet regorge de conseils, mais appliquer des techniques individuelles à ces schémas relationnels échoue souvent. Pourquoi ? Parce que si l’un change son comportement sans que l’autre comprenne et sans se pencher sur la relation, le système résiste et cela peut créer de plus lourdes difficultés…
Exemple : elle lit sur un blog de conseils conjugaux qu’il “faut laisser de l’espace” et elle arrête d’insister, croyant bien faire. Lui interprète ce silence comme de l’indifférence et se détourne encore plus ou lui fait des reproches. Le schéma s’aggrave alors qu’elle appliquait un « bon conseil » !
Pour ma part, je ne donne pas de conseil et je n’explique pas comment faire. J’offre aux couples un espace sécurisant et bienveillant, neutre, une “salle de jeux” dans laquelle ils pourront expérimenter un dialogue apaisé une prise de hauteur et de conscience de leurs schémas relationnels afin de créer ensemble l’harmonie nouvelle adaptée à leurs besoins actuels.
Ce qui se cache vraiment derrière les demandes des couples en consultation
Quand les couples consultent, leurs demandes révèlent des schémas plus profonds. « Nous voulons améliorer notre communication » cache souvent « J’ai des difficultés dans la communication émotionnelle, une frustration avec la gestion des besoins affectifs » ou “on a peur de changer”.
J’entends fréquemment les personnes que j’accompagne me dire : « J’ai des difficultés à exprimer mes besoins sans culpabilité ou peur mal faire », “je ne sais pas comment lui dire sans la blesser alors je me tais”, « Je ressens toujours de l’injustice ou du déséquilibre », « Je vis avec des secrets, des non-dits », “J’aimerais qu’on change mais j’ai peur de le-la perdre”, etc. Ces peurs influencent les automatismes actuels et créent un climat de défiance alors qu’il est si simple d’en parler quand on est bien accompagné dans un contexte d’accueil bienveillant.
Ces répétitions viennent souvent des conditionnements et histoires familiales préexistant à la formation du couple où ils peuvent trouver leur origine dans le “mythe fondateur” du couple. Ils vont se répéter inconsciemment dans le couple tant qu’on n’y prête pas attention pour s’en libérer.

L’approche systémique en thérapie : une approche différente pour des résultats durables
Pour sortir de ces schémas, il faut d’abord les voir. Cette approche s’appuie sur les travaux de Philippe Caillé (1993) qui montre que la prise de conscience des patterns relationnels constitue le préalable à tout changement durable. Dans mon accompagnement, j’aide les personnes que je rencontre à repérer leurs automatismes en temps réel.
Contrairement aux conseils classiques, je n’explique pas quoi faire. J’aide les couples à expérimenter directement d’autres façons d’être ensemble. Ils découvrent leurs patterns* en les vivant au présent et en faisant des objets d’expérimentation ludique et apprenante. (*un pattern est un modèle, une structure, un motif répétitif).
J’adresse aussi des questions spécifiques pour révéler les schémas cachés, ou des postures pour les révéler. J’utilise des métaphores pour aider les couples à voir leur fonctionnement sous un nouvel angle, et surtout, je leur montre comment chacun participe aux automatismes sans le vouloir.
L’objectif n’est pas de savoir qui a tort, mais de comprendre comment les patterns fonctionnent et comment les transformer. Le thérapeute systémicien ne se positionne pas en “réparateur” de la relation mais en facilitateur d’une expérience vivante et mobile de la vie du couple afin de laisser aux membres de celui-ci leur liberté, leurs compétences et leur créativité.
Certains signaux montrent que les schémas sont trop installés pour en sortir seuls : les mêmes disputes reviennent en boucle sans solution, les tentatives de changement échouent systématiquement, l’un des partenaires envisage la séparation.
Un thérapeute de couple spécialisé en approche systémique peut aider à identifier les automatismes invisibles, comprendre comment les couples les alimentent mutuellement, et expérimenter de nouveaux patterns plus satisfaisants.
Ces schémas répétitifs ne sont pas une fatalité
Les couples qui sortent de leurs automatismes témoignent souvent d’une relation plus forte et plus harmonieuse qu’avant. Ils découvrent qu’ils peuvent fonctionner autrement.
Les fonctionnements problématiques ont peut-être aidé à un moment donné, mais ils ne conviennent plus aujourd’hui. Il est possible d’en créer de nouveaux, plus épanouissants tout en consolidant la relation.
Le premier pas, c’est de comprendre que les difficultés ne viennent pas des sujets de dispute, mais des automatismes et règles relationnels eux-mêmes.
Si vous reconnaissez ces schémas dans votre couple, sachez qu’une relation où on fonctionne différemment, c’est possible. Il suffit parfois de voir ses patterns pour commencer à en sortir.
par Yann LEMEUX, thérapeute du Couple et de la Famille du réseau Médoucine.
