Parler de sexualité dans notre société n’est pas toujours évident. Chacun se positionne avec son filtre, son vécu, ses croyances… Nous avons tous un rapport à la sexualité qui nous est propre, alors, comment parler de ses fantasmes ?
La sexualité, parlons-en ?
Parmi les fantasmes sexuels des femmes on retrouve les relations sexuelles avec un autre partenaire ou avec une femme, les expériences intimes à trois, l’échangisme, le sexe oral et le masochisme.
Les fantasmes sexuels les plus répandus chez les hommes sont la sodomie et la fellation. La gent masculine fantasme également sur la sexualité à trois ou en groupe, sur l’exhibitionnisme et le voyeurisme, sur l’échangisme et le sadomasochisme (tout ceci est une généralité, évidemment).
En psychologie, on a conscientisé avec Freud que la sexualité n’est pas réservée à l’adulte. En effet, le bébé a déjà une forme de sexualité dans la découverte de son corps et à travers l’auto-érotisme. Freud a également posé le continuum entre le normal et le pathologique, c’est-à-dire qu’il n’existe pas d’un côté ce qui serait la normalité et de l’autre la maladie. Nous nous situons sur un point entre ces deux polarités et cela peut varier au cours de notre existence, et selon les domaines de vie. Alors, où se situe la norme ? Comment vivre sa sexualité avec simplicité et sans parasites ? Un curseur en psychothérapie est de voir si la personne souffre ou fait souffrir l’autre.
C’est quoi ton fantasme ?

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Vous êtes-vous déjà retrouvé.e.s face à cette question ne sachant que répondre, parce qu’en fait, vous ne savez pas vraiment ce dont il s’agit… Pour pouvoir parler de quoi que ce soit, on a besoin au préalable de se mettre d’accord sur la définition des termes.
En effet, les malentendus viennent souvent des implicites, de ces « c’était évident » qui nous échappent à postériori. L’autre en face n’est pas télépathe (cela ne remet pas en cause son attachement, son amour) et donc ne peut deviner cette soi-disant évidence. Si chacun.e de son côté connait son évidence, pourquoi ne pas la partager à l’autre puisque c’est La solution pour se comprendre, pour envisager le monde de l’autre comme une terre connue, pour pouvoir le rencontrer.
Ici, je vous propose donc une définition du Fantasme pour que nous soyons au clair sur le propos.
La pause définition : qu’on s’entende bien
Le fantasme est un scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir et, en dernier ressort, d’un désir inconscient.
Le fantasme se présente sous des modalités diverses : fantasmes conscients ou rêves diurnes, fantasmes inconscients tels que l’analyste les découvre comme structure sous-jacente à un contenu manifeste, fantasmes originaires (Le Vocabulaire de la Psychanalyse, Laplanche et Pontalis).
Un fantasme sexuel (ou fantasme érotique) est une représentation imaginaire qui permet à une personne d’imaginer des scénarios jusque là inassouvis. Le fantasme reste un stimulant efficace lorsqu’il n’expose pas le rêveur à des scènes qui deviennent obsessionnelles et qui nuiraient à son épanouissement social (Wikipédia).
Ce qui est intéressant à travers ces deux définitions, c’est de noter qu’il existe différentes formes de fantasmes.Les fantasmes sexuels sont bien spécifiques puisqu’ils se concentrent sur la dimension sexuelle de l’être (qui ne se réduit pas à la génitalité, mais prend en compte l’ensemble du corps et des représentations du sujet). Et on retrouve le continuum du début avec la question de la souffrance comme curseur. En effet, si le fantasme coupe de l’autre au lieu de le rejoindre, cela questionne. Il existe également les fantasmes d’ordre inconscient, en lien à la culpabilité comme le viol ou l’inceste, qu’on ne souhaite évidemment pas voir se réaliser.
Se connaître pour pouvoir communiquer
Le sujet de cet article est bien de savoir comment parler de ses fantasmes. Mais comment parler à l’autre si soi-même on ne sait pas vraiment où l’on se situe, qui l’on est en matière de sexualité (et en général, puisque la sexualité touche tout l’être). Il est important à mon sens d’avoir pu explorer sa propre sexualité pour être au clair avec ce que l’on aime ou pas, quels sont ses freins, où est sa limite… Et cette exploration peut se faire seul.e ou avec son/sa partenaire.
Avant d’être 2 ou 3, offrons-nous la possibilité d’être 1. Chaque être est une unité en lui-même. Le mythe de trouver sa moitié a la vie dure. Pour rencontrer vraiment l’autre, il est important de se rencontrer déjà soi-même. L’autre agit comme un miroir de soi. Et lors de l’évocation du fantasme, il va renvoyer un reflet plus ou moins agréable, selon de là où l’on a parlé. Si l’on parle à partir de ses blessures, cela ne donne pas le même résultat que si l’on parle à partir de sa joie, par exemple.
Exposer son ombre à la lumière
Le psychiatre-psychanalyste suisse Jung a théorisé le fait que l’être humain soit à la fois ombre et lumière. Dans l’ombre, ne réside pas ce qui est négatif chez l’humain, comme on pourrait le penser, mais c’est ce qui n’a pas passé la censure, en terme d’auto-jugement. Ce qui n’a pas été accepté de soi, est remisé dans l’ombre. Il peut tout autant s’agir de failles enfouies que de forces non reconnues, non valorisées (par exemple: j’admire tel talent chez telle personne, mais n’est-ce pas aussi en potentialité chez moi ?). Les fantasmes sexuels feraient partie de l’ombre. On touche ici au tabou qui s’inscrit dans une culture et une époque, dans le rapport au collectif. Lorsque l’on ne dit pas, c’est sans doute à cause de cette peur du jugement de l’autre, mais aussi de soi. On peut également se sentir coupable d’avoir de telles pensées (consciemment ou inconsciemment).
Parler de ses fantasmes à un autre, c’est les rendre potentiellement réels, c’est leur donner une existence dans une réalité partagée, c’est oser se montrer à l’autre dans ce que l’on est, dans un part de soi que l’on n’assume pas toujours. Et c’est aussi s’exposer à recevoir un non.
Le fantasme, une aventure à 2

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Il est important d’avoir à l’esprit que ce que l’on exprime n’est pas gravé dans la roche. Je m’explique : si je dis « rose » un jour, j’ai le droit de dire « rouge » le lendemain. Je ne vous parle pas de devenir une girouette mais bien de garder en tête que le consentement est primordial dans la relation. Je peux m’engager et puis me désengager sans qu’il y ait de pression. Faire un pas en avant et puis deux en arrière. Un « non » est un « non ». Ce que j’essaie de faire passer, c’est que pour pouvoir se montrer dans une potentielle vulnérabilité, il est important d’être dans un espace de confiance mutuelle. Se sentir en sécurité pour pouvoir dire.
Exposer ses fantasmes, c’est aussi entrer en résonance avec l’histoire de chacun; qu’est ce que cela vient réveiller en moi, en l’autre? Comment ma réaction à ce que j’entends parle pour moi, de moi? Comment les contrats transgénérationnels peuvent s’infiltrer dans la sexualité partagée?
Le pouvoir de l’évocation
Ensuite, il y a la concrétisation du fantasme: est-elle toujours nécessaire? Parfois elle sera rapide dans le temps, parfois moins, parfois elle n’arrivera jamais. La simple évocation d’un fantasme peut stimuler la vie sexuelle du couple, sans pour autant qu’il soit réalisé.
On parle ici de la limite. De soi, de l’autre, du couple, du partenariat. Avec l’importance du respect de soi et de l’autre. Pouvoir parler de ses envies, de ses besoins, en parlant de soi et non pas en accusant ou acculant l’autre. Sans imposer… La CNV: Communication Non Violente ou Bienveillante peut vous soutenir dans cette démarche. Il s’agit d’abord, d’être en empathie avec soi-même (se connaître, comme dit précédemment) pour alors pouvoir l’être avec l’autre.
Il y a enfin lieu de se demander pourquoi on passe à l’acte? Est-ce pour de bonnes ou de mauvaises raisons? A cause de nos peurs, de nos blessures, pour faire plaisir à l’autre, parce qu’on a telle représentation de ce que « devrait être » la sexualité ?
Laisser émerger ses fantasmes peut aussi être une occasion pour se pencher sur son désir, sur son rapport au plaisir. Et demander à l’autre : » De quoi as-tu envie avec ce fantasme? » pour offrir l’occasion d’une rencontre en vérité.
Ouverture
Pour résumer et rappeler un essentiel ; la communication est une clé fondamentale du couple, du partenariat, de l’échange au monde, de la relation à soi et à l’autre. Oser parler de ses fantasmes, c’est offrir une ouverture créative au duo. C’est un espace-temps/temple de jeu. Sans perdre de vue l’importance de la liberté dans le désir.
Je vous propose avant même de parler de vos fantasmes, de pouvoir vous pencher sur votre sexualité en général (avec soi et partagée), de comment vous vous y sentez, de ce que vous aimez ou pas, des changements que vous aimeriez apporter…. C’est un sujet et une expérience si vaste.
Et pour finir, j’aimerais vous demander a-t-on toujours besoin d’imaginer ? Quelle est la place du ressenti dans votre pratique sexuelle ? Une proposition ici de retour au corps dans le partage avec votre partenaire (exploration tantrique par exemple).
Par Marie-Liesse Leroux, praticienne en psychothérapie et art thérapie recommandée du réseau Médoucine.
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DfJabib
19 mars 2022 at 8 h 55 minThanks!