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« Cette petite voix dans ma tête… »

Qu’est donc cette petite voix intérieure qui me pousse à manger ou à faire un régime ? D’où vient-elle ? Est-il possible de lui faire changer de discours ? Comment me libérer de ses ou ces injonctions, parfois paradoxales ?

Votre petite voix intérieure vous dit peut-être : « Vas-y, mange ! Demain, tu te mets au régime ! », « Encore, c’est trop bon ! », « C’est light, alors tu peux te resservir. » ou bien, après avoir craqué pour quelques cacahuètes, « foutu pour foutu, finis le paquet… Comme ça, on n’en parle plus ! ».

Elle vous susurre de prendre juste une petite portion de ce gâteau au citron avec cette belle meringue, alors que vous avez déjà le ventre plein.

Elle vous incite, après une journée de travail, à vous octroyer un peu de plaisir : « J’ai bien mérité un peu de douceur dans ce monde de brutes ».

Elle ajoute : « La vie est bien triste, s’il faut se priver… ».

Elle vous raconte que c’est l’heure de manger, qu’il faut finir son assiette ou encore, qu’il faut bien manger maintenant pour ne pas avoir faim tout à l’heure.

Elle vous assène des idées reçues : « Pour maigrir, il faut faire des efforts », « Tel aliment est bon pour ma ligne, tel autre fait grossir ».

Elle vous dévalorise : « tu as encore craquée, tu es incapable de résister ».

Elle vous culpabilise : « La gourmandise est un vilain défaut… », « Tu as cédé à la tentation, c’est pas bien ! ».

Elle vous fait croire que lorsque vous aurez perdu ces fameux 3 kilos de trop, vous pourrez, enfin, vous habiller en fonction de vos envies.

Elle vous emprisonne dans le regard des autres : « Je tente ce nouveau régime, je vais m’y tenir et mes amies seront fière de moi » ou, lors d’un repas entre collègues, « j’ai très envie d’une entrecôte-frites… mais, que va-t-on penser de moi ?! », ou bien « Mon conjoint m’a fait remarquer que j’ai pris du poids : je me sens mal dans mon corps, je me mets vite à la diète ».

Lui arrive-t-il de vous dire simplement : « Génial, j’ai faim… je vais me régaler »?

En fait, la petite voix dans notre tête n’arrête jamais de nous raconter des histoires. Des histoires auxquels nous croyons et qui nous poussent dans une direction qui n’est pas forcément celle que nous voudrions prendre.

Pourtant, ce ne sont que des histoires, au sens où nos pensées ne sont pas la réalité.

Les récentes découvertes en psychologie et neurosciences nous apprennent qu’il n’y a pas une seule petite voix dans notre tête mais plusieurs, d’où nos contradictions, nos ambivalences. Ces voix sont l’expression des multiples façons de mobiliser les différents réseaux neuronaux de notre cerveau.

Lorsque notre petite voix est celle de l’anxiété ou de la colère (par exemple : « Je suis stressé, j’ai besoin de manger pour me calmer »), ce sont les réseaux instinctifs et pulsionnels du cerveau qui s’expriment.

Alors, que si nous laissons s’exprimer les réseaux neuronaux intervenant dans le manque ou l’excès de confiance en nous et dans les autres, la petite voix pourra, par exemple, nous faire culpabiliser de montrer le mauvais exemple à nos enfants, ou encore nous laissera sous l’influence d’une personne très sûre d’elle qui nous (re)commande de suivre tel régime.

Si ce sont les réseaux neuronaux à l’origine de nos motivations qui prennent l’ascendant, la petite voix a tendance à :

  • nous commander à coup de « Il faut… », « Tu dois… » (contrôler ton assiette, compter les calories, faire comme les collègues…),
  • nous emprisonner dans nos valeurs et intolérances (« La beauté, c’est la minceur », « la norme, c’est de faire un régime quand on a des kilos en trop… », « C’est insupportable / interdit / impossible… »),
  • nous faire rechercher des solutions efficaces qui marchent tout de suite, sans se préoccuper de savoir si cela sera durable à long terme…

Enfin, il y a la toute petite voix, presque inaudible dans le brouhaha des autres, celle dont on se dit après coup, « il y avait quelque chose en moi qui me le disait bien mais je n’arrivais pas à l’écouter ».

Si elle nous parle si doucement, si bas, c’est qu’elle vient de notre cortex préfrontal (territoire le plus récent et évolué de notre cerveau) et qu’elle n’a pas de certitude à affirmer, ni de recette toute faite, mais des pistes de réflexion, d’action…

Lui seul sait mobiliser toutes les ressources neuronales nécessaires pour gérer sereinement les situations complexes, inconnues et non maîtrisées afin de s’adapter aux changements, d’accepter ce qui est et d’affirmer librement notre opinion personnelle.

Sa petite voix nous permettra d’aborder la vie avec sérénité, de puiser dans nos motivations profondes une énergie « ressourçante » et inépuisable, de développer une relation apaisée avec notre corps et la nourriture, de changer durablement de comportement (notamment alimentaire) …

Cependant, toutes les petites voix, y compris cette dernière, ne sont pas LA réalité : il est important de distinguer le réel de ce qu’on en perçoit et de ce qu’on en pense. Nos pensées ne résumeront jamais la réalité, qui est infiniment plus complexe et subtile.

Intégrer cela nous aide à prendre du recul et à accepter la situation vécue. Nous pouvons alors adopter une attitude d’observation curieuse de cette réalité que nous vivons au quotidien avec la nourriture.

Ce faisant, nous choisissons d’écouter la voix de notre intelligence adaptative (cortex préfrontal), qui allie curiosité, souplesse, nuance, recul, rationalité et capacité à nous individualiser afin d’agir en direction de ce qui est important pour nous. Vers une vie nourrissante, épanouissante et apaisante.

Il convient de s’entraîner à faire la distinction entre nos pensées et nos comportements qui vont en direction de ce qui est important pour nous, de celles qui nous en éloignent.

En adoptant une posture de recul, d’observation curieuse, sans jugement,vous êtes déjà en train de modifier votre état d’esprit et de changer intérieurement.

Vous prenez de la hauteur par rapport au réel et au regard des autres, tel un oiseau qui contemple le paysage. Vous commencez doucement à vous libérer des injonctions de vos petites voix. Vous vous apaisez et vous vous préparez à un changement de comportement qui se fera de façon sereine et pérenne.

En conclusion

Retenons que le simple fait de mieux saisir ce qui se passe dans notre tête va déjà nous permettre de progresser. C’est une prise de conscience fondamentale, essentielle à tout processus d’évolution.

Observer avec curiosité le réel et notre vécu intérieur se traduit, a minima, par une diminution du stress ressenti face à l’assiette et initie un changement d’état d’esprit, propice au changement de comportement.

La deuxième bonne nouvelle est qu’il existe un certain nombre d’exercices et/ou expériences simples qui facilitent cette observation curieuse. Pour en savoir plus et aller plus loin, découvrez le profil de Hélène Jameux sur medoucine.com.

Hélène Jameux, spécialiste en accompagnement durable du changement de comportement alimentaire et en micronutrion.