/ Au travail

Et vous, vous Job Craftez ?

Chez mon coiffeur, par un bel après-midi d’automne.

  • « Oh la la, Mme M., vos cheveux sont tout flagada, vous êtes stressée en ce moment ?
  • Stressée, non. Mais j’ai des angoisses, Karen, des angoisses financières…
  • Ah oui, c’est dur pour tout le monde…
  • Et avec deux ados et un seul salaire, je ne m’en sors pas. Et avec l’école privée des enfants en plus. Alors, quand je m’angoisse, je vais chez le coiffeur (Pas sûr que ça arrange ses finances NDLR)
  • Et si vous les mettiez à l’école publique, vous économiseriez. Et vous ne pouvez pas demander à leur père d’augmenter la pension ? »

Et la conversation a continué une bonne demi-heure, pendant laquelle Karen, très compétente technicienne-coloriste, s’est improvisée tour à tour psychologue, conseiller financier, juridique et bien d’autres fonctions encore.

Quand je le lui ai fait remarquer, après le départ de Mme M qui avait retrouvé le sourire, elle me répondit que pour elle, cela faisait partie de son métier : écouter, débattre, conseiller … et coiffer. « Vous savez, je ne m’occupe pas que des cheveux de mes clientes, je m’occupe d’elles ! »

Sans le savoir, Karen fait du « Job Crafting ». Cette façon d’envisager son travail, très différente de celle figurant sur le contrat de travail, plus valorisante et plus plaisante, entre dans ce concept défini par Jane Dutton, professeur à l’Université du Michigan, et Amy Wrzesniewski, de l’université de Yale : le Job Crafting.

Si l’on cherche la traduction de « craft », on trouve à la fois « habileté », « astuce », « artisanat », et ces termes conviennent bien au concept.

D’après nos deux chercheuses, le Job Crafting se définit comme un changement que l’employé va apporter à son travail, en autonomie, sans surveillance de sa hiérarchie, afin de l’améliorer. C’est une customisation du poste en quelque sorte.

L’employé peut intervenir sur le contenu de son poste en modifiant la façon d’exécuter ses tâches ou en créant des outils (logiciel, tableau de bord …) de sa propre initiative afin de gagner en efficacité et en satisfaction.

Il peut également intervenir sur le relationnel avec les clients et les partenaires, comme cette vendeuse en prêt à porter qui va donner des conseils à sa cliente pour accessoiriser sa tenue, et même des adresses de boutiques pour la compléter, s’improvisant styliste ou même personal shopper. Elle ne se contente pas d’effectuer sa vente de base, elle crée une véritable relation de confiance avec sa cliente.

Il y a aussi une façon plus discrète, mais très efficace, de faire du Job Crafting, il s’agit d’envisager différemment son poste, sans en modifier la définition officielle, mais de se le réapproprier de façon plus gratifiante : je pense à cette employée de maison, qui ne se plaint pas de faire le ménage et la lessive, mais qui considère qu’ainsi elle rend la maison et la vie de ses employeurs plus facile et plus agréable et qu’elle contribue à leur bien-être.

Quelle que soit la façon de l’envisager, le Job Crafting apportera toujours satisfaction et plaisir à celui qui le pratique et à ceux qui l’entourent.

Alors, pour ne plus vivre votre travail comme une corvée, si vous pratiquiez vous aussi le Job Crafting ?

Source : Crafting a Job: Revisioning Employees as Active Crafters J. Dutton, Amy Wrzesnieswki

Par Christine Clauss, thérapeute certifiée et validée du réseau Medoucine.