Quand j’annonce ma profession (mais quelle idée, aussi, d’avoir choisi hypnose plutôt que puériculture ou menuiserie…), parfois la réaction est « ah mais moi je ne suis pas hypnotisable ».
Pourquoi une phrase pareille ? C’est qu’elle exprime il me semble deux inquiétudes possibles. Voire cumulées, parce que nous les humains, on aime les contradictions !
Et si ça ne marchait pas ?
Ce qui se conçoit quand les attentes sont trop fortes : si une personne souffre depuis des années et a essayé bon nombre de pratiques, elle aura peur de voir ses espoirs déçus. Pour contrer cela, il se raconte que Milton Erickson, le psychiatre qui a renouvelé toutes les méthodes d’hypnose au XXème siècle, aurait déclaré tout de go à une personne qu’il n’avait aucune intention d’alléger ses douleurs, mais bien de les augmenter ! Il s’agissait d’une provocation (vous en doutiez ?) qui a désamorcé les craintes et permis de poursuivre la séance sur des bases plus sereines.
Et si ça marchait ?
Que ça marche, ça voudrait dire qu’on a perdu le contrôle. Or, on n’en a pas envie. Ça aussi, ça se défend : imaginez, l’hypnologue vous fait révéler votre code de carte bancaire… Ou, et c’est pire, elle ou il vous mène à dire qui vous préférez de votre parrain Lermino ou de votre marraine Bilvina.
Et c’est vrai que nous les hypno, on n’est pas aidé.es, ni par certains films (à suspens, avec des musiques angoissantes) ni par l’hypnose dite de spectacle. Les deux présentent des visions moyennement cool de gens sous emprise, voire ridiculisés (Allo, Stars sous hypnose, j’ai deux mots à te dire. Non pas deux, deux mille…).

Pexels
Alors bien sûr, il y a des échelles d’hypnotisabilité
Parmi les plus connues figurent celles des universités de Stanford et de Harvard, excusez du peu. Elles permettent de classer les gens selon leur réactivité à des suggestions hypnotiques : « hypnotisables », beaucoup, un peu… ou pas du tout.
Le problème, c’est que ces échelles mesurent des réactions corporelles, visibles, à une instruction hypnotique, comme par exemple « Vos paupières deviennent plus lourdes, de plus en plus fatiguées et lourdes », sans rire (échelle Stanford C, instruction 0(4)).
Pas étonnant qu’avec des instructions aussi sympathiques, il y ait des individus qui n’aient pas envie du tout, du tout, de fermer les yeux !
Mais au fait…
Vous pourriez tout à fait refuser de fermer les yeux… et vous sentir quand même en hypnose, bien loin de votre état habituel de conscience ! Dans la formation que j’ai suivie, régulièrement, on était debout, yeux grands ouverts, et je vous garantis qu’on était dans un bon état hypnotique, transformé.es en éléphant, en lac ou en planète !
D’ailleurs, le but, c’est que vous alliez mieux, pas que vous fermiez les yeux ou que votre bras s’élève. Ce qui compte, ce sont les changements qui se produisent en vous.

Pexels
Résumons
Il serait plus utile de distinguer entre l’hypnose d’une part et la suggestibilité hypnotique d’autre part. Il serait alors tout à fait possible de ne pas réagir à une suggestion… et pour autant d’être confortablement hypnotisé.e. Ici une partie d’entre vous se sent probablement soulagée, rapport le code de carte bancaire et Lermino et Bilvina (cet article a été écrit en présumant que personne dans la vie ne s’appelle vraiment Lermino ni Bilvina) aussi, je le répète : Personne, jamais, n’a révélé en séance d’hypnose des choses qu’elle ou il voulait garder cachées.
Dans ce cas, qu’est-ce que ça dit sur l’état d’hypnose ? Tout le monde peut-il entrer en état d’hypnose ?

Pexels
Et la réponse est…
Oui, si vous le voulez bien. Toujours cette idée de consentement et de confiance (tiens, tiens, tiens) : seulement ce que vous serez prête, prêt, à expérimenter. C’est que l’hypnose est un état subtil, pas bien loin de l’état dans lequel on se trouvait quand, enfant, on était bercé.e par une personne attentionnée. Ou quand on se laisse absorber par un film, quand on laisse ses pensées vagabonder en contemplant au-delà de la fenêtre… L’état d’hypnose est un état tout ce qu’il y a de naturel.
Mais en séance, vous laisserez-vous faire juste parce qu’on vous l’a demandé gentiment ? Ou bien vous laisserez-vous faire parce qu’on a écouté ce que vous aviez à dire, expliqué ce qui allait se passer, pourquoi, et qu’on a répondu à vos questions ? C’est là le point essentiel, qui rejoint les principes au cœur de la psychologie humaniste de Carl Rogers : votre entrée en hypnose se fera d’autant mieux que vous percevrez l’attention sincère qui vous est portée. Et que vous éprouverez un vrai désir de changer.
Allez voir une ou un hypnologue, promis, on ne vous demandera pas votre code de carte bancaire.
Sources :
- Pour cet article, je me suis inspiré, notamment, du chapitre 4, de Robin, F. (2013). Hypnose Processus, suggestibilité et faux souvenirs. De Boeck supérieur.
par Julien Chauvet, praticien en hypnose, du réseau Médoucine.
Trouvez un praticien près de chez vous sur Médoucine.
À lire aussi :
