Clarifions tout de suite un élément important : dans une société réellement inclusive, cette question n’aurait même pas lieu d’être. De fait, aimer qui l’on veut, ou se présenter au monde dans l’identité de genre que l’on sait être sienne, ne devrait faire l’objet d’aucune déclaration (Hello 2024 !). Mais puisque les relations hétérosexuelles sont encore massivement considérées comme une « norme », et la binarité de genres (femmes-hommes) aussi, cette question du coming-out revient souvent en consultation. Alors voici quelques pistes pour préparer ce moment le plus sereinement possible.
Nous sommes en septembre 2024, et il serait temps que tout le monde soit à la page sur ce simple fait : love is love, et chacun.e devrait pouvoir aimer qui iel/elle/il veut. Et vivre son genre tel qu’il/elle/iel le souhaite.
Pour autant, un autre fait reste malheureusement aussi à prendre en compte : l’homophobie est encore bien présente dans nos sociétés. En France l’association SOS Homophobie a reçu, en 2023, 28% de témoignages en plus que l’année précédente. De son côté, le ministère de l’Intérieur a constaté en 2023 une hausse des atteintes envers les personnes LGBTQI+, de 13% par rapport à 2022.
Rappeler ces éléments n’est pas ici pour faire peur, mais pour dresser un bilan éclairé de la situation : si les récits et voix queer s’élèvent peut-être avec légèrement moins de barrières qu’avant, toutes les mentalités n’évoluent pas au même rythme.
Ton coming out, tu ne feras… Que si tu es prêt.e et que cela a du sens pour toi
Un « coming-out », par définition, c’est « sortir des » projections que d’autres personnes pouvaient avoir sur toi via des stéréotypes hétéronormés ou stéréotypes de genre, et exprimer qui tu es. Peut-être que, à ce moment de ta vie, une ou quelques personnes connaissent l’entièreté de ce qui fait que tu es toi, mais pas toutes.
Tu peux déjà t’ôter une pression des épaules : ce coming-out n’est pas obligatoire. Tu n’as à le faire que si c’est important pour toi, et que tu arrives à un stade de ta vie où tu as envie que tes proches, les gens qui te connaissent, voient toutes tes facettes.
Si tel est le cas, tu peux peut-être y aller progressivement et commencer par informer ta « garde rapprochée », aka tes meilleur.e.s ami.e.s ; Et finir par les personnes à qui tu redoutes plus spontanément de le dire. Dans tous les cas, souviens-toi que : ton timing sera le bon. Et ta manière d’exprimer ton vécu, aussi.

Pexels
Un.e thérapeute « safe » et queer friendly, tu trouveras
Dans un moment d’affirmation de soi tel que celui-ci, une thérapie peut être particulièrement aidante. Mais dans cet instant, et plus que jamais, tu as le droit à un.e thérapeute bienveillant.e et safe.
L’annuaire en ligne « GynandCo » référence les praticien.ne.s de santé queer friendly. Tu peux aussi directement aller chercher dans des moteurs de recherche un.e thérapeute qui affiche ses couleurs fièrement.
https://www.medoucine.com/blog//wp-content/uploads/2024/09/pexels-leticiacurveloph-28185734-scaled.jpg
À tous les types de réponses, tu te prépareras
En vivant dans une société telle que celle-ci, tu peux être amené.e à ressentir du stress, voire de la peur au moment de faire ton coming-out. Une des manières de s’y préparer au mieux peut-être d’anticiper toutes les réponses que tu peux recevoir suite à cette annonce. Un suivi thérapeutique peut notamment t’aider en cette période à consolider ton estime de toi, et à te rappeler que le seul avis, le seul ressenti qui compte, est le tien. Et que l’opinion des autres sur toi (armé.e d’une saine confiance en toi) n’est pas censé faire vaciller ta boussole intérieure.
Un autre travail thérapeutique peut être de simuler ce coming out avec ton/ta thérapeute, en mettant en scène ce qui, selon toi, pourrait se passer. De fait, aller voir quel serait le « worst case scenario* » peut te permettre paradoxalement d’appréhender tes peurs d’une autre manière. En effet, en « jouant » et en allant au bout de ce scénario-catastrophe, tu te confrontes à ta peur. Et se confronter à sa peur, c’est déjà lui enlever une grande partie de son pouvoir. Et se prouver à soi que l’on peut la surmonter. Qu’il y a un « après » cette peur.
D’autre part, cette simulation peut te permettre de te préparer mentalement et émotionnellement aux différents types de réactions qui peuvent advenir en face. Et donc aussi te permettre de mieux vivre sur l’instant une réaction négative. Par exemple, lors d’un travail de préparation, tu peux anticiper les conditions qui seraient pour toi rassurantes pour gérer au mieux cet instant : souhaiterais-tu être accompagné.e d’un.e ami.e au moment de ce coming-out ? Où l’annoncer, dans un endroit qui est un refuge pour toi, ou au contraire un endroit extérieur et neutre ? Par ailleurs, tu peux aussi anticiper quelles seraient pour toi les personnes ou éléments-ressources en cas de réactions décevantes. Et prévenir des proches – déjà au courant – de se tenir à ta disposition au moment de ton annonce.
Bref, tu l’auras compris, un large panel est envisageable, pour que tu puisses exprimer ce que tu as à dire, depuis l’état émotionnel le plus confortable possible.
(*pire scénario possible)

Pexels
Une bibliographie/ filmographie queer pour se ressourcer, tu prépareras
Se dévoiler, dévoiler une part de soi, une part intrinsèquement liée à son identité, est un instant vulnérable. Dans ces instants, ce qui peut constituer une aide précieuse est notamment de lire/ parcourir/ écouter des récits similaires au tien. Aussi, pourquoi ne pas anticiper cet instant, en te créant ta sélection de récits, vécus et combats queer ? Pour t’accompagner dans ce moment, voici une pré-sélection non-exhaustive, à compléter au gré de tes lectures et envies.
Livres
– « Fun Home », d’Allison Bechdel
– « Pourvu qu’il soit dur », de Thomas Gravereau
– « La fin des monstres », de Tal Madesta
– « Genre queer », de Maia Kobabe (BD)
Podcast
– « Nos désirs font désordre », « Un podcast à soi », de Charlotte Bienaimé
Films/séries/TV
– Drag Race France
– « L’hommes de sa vie », de Zabou Breitman
– « Été 85 », de François Ozon
– « The L Wolrd », série créée par Ilene Chaiken
– « Call me by your name”, de Luca Guadagnino
– « La vie d’Adèle (chapitre 1 et 2), par Abellatif Kechiche
par Jessica Martinez, praticienne en thérapies brèves du réseau Médoucine.
Trouvez un praticien près de chez vous sur Médoucine.
À lire aussi :
