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Les injonctions à la féminité nuisent à votre santé mentale

19 novembre 2024

Épilation, coiffure, vêtements à la mode, corps parfait, visage éternellement jeune et à la symétrie parfaite, le tout sans que cela apparaisse comme un effort… En 2024, les femmes sont encore la cible d’injonctions sociétales inatteignables et épuisantes quant à leur apparence physique. Des injonctions qui, en plus de continuer une charge mentale énorme, nuisent à leur perception d’elle-même et leur santé mentale.

La dictature des normes touche davantage les femmes

Selon une enquête de l’IFOP publiée en juin 2023, près d’un.e Français.e sur deux n’aime pas son corps (47%), un chiffre qui passe à 60% chez les femmes. Et selon une autre étude du même institut de sondage, 84% des adolescentes des 15/17 ans seraient complexées par certaines parties de leurs corps, et 83% pour les femmes de 30 à 39 ans.

Des complexes qui viendraient de… nulle part ? L’étude met aussi en lien ces complexes et les injonctions sociétales qui pèsent particulièrement sur les femmes en termes de beauté, notamment véhiculés par les médias et le numérique. Ainsi, 46% des femmes insistent sur la pression médiatique à faire des régimes et du sport (contre 29% des hommes), et 41% mentionnent les photos dans les magazines ou sur les réseaux sociaux qui encensent ce fameux « corps parfait » (contre 33% des hommes).

Pexels

Des injonctions qui s’invitent jusque dans la sexualité

« Je me demande toujours s’il me trouve jolie quand on fait l’amour », « En ce moment, je me trouve moche, du coup j’ai moins de désir, je n’ai pas envie d’être vue, observée sous toutes les coutures », « J’ai du mal à rester dans l’instant présent lors de nos rapports… En même temps, je constate que je suis souvent en train de me dire : est-ce que je suis belle ? est-ce que je suis bien épilée ? Est-ce qu’il voit ma cellulite dans cette position… ? ». Ces phrases sont issues de vraies consultations à mon cabinet, et toutes prononcées par des femmes et minorités de genre.  Lors de consultations portant sur le couple et / ou la sexualité, (notamment les fluctuations de libido), les injonctions au « corps parfait » reviennent constamment.

Bien souvent, la « voie de la guérison » ne passe pas tant par des exercices de reconnexion du couple ou des exercices de sexothérapie, que par un travail en profondeur sur la perception que les femmes qui consultent ont d’elles-mêmes. Et un apprentissage à… Réussir à s’en foutre, et à se trouver belle pour soi.

Un merveilleux livre que je recommande souvent à ce sujet est le suivant : « Girls will be Girls » d’Emer O’Toole. Dans cet ouvrage, la sociologue irlandaise (par ailleurs stand-uppeuse) se livre à une expérience sociologique fascinante : elle étudie, domaine après domaine, toutes les injonctions liées à l’apparence physique des femmes. Et décide en conscience si elle les conserve dans sa vie ou non. Elle décide par exemple : de se raser la tête, d’arrêter de s’épiler puis de recommencer, d’arrêter de se maquiller, de tester d’autres manières de se vêtir… Le tout, dans l’idée de faire table rase de ce qu’on lui a enseigné, ce qu’ « être une femme » voulait dire, pour comprendre ce que sa féminité veut dire pour elle, et comment elle décide à partir de maintenant de se présenter aux autres. Un parcours personnel, étayé de statistiques et de démonstrations sociologiques, qui fait un bien fou dans une époque où ces injonctions qui pèsent sur les corps féminins sont en plus souvent contradictoires, comme le disait très justement Virginie Despentes dans son ouvrage King Kong Théorie.

« Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, (…) cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie).

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Alors comment on fait ?

Prendre conscience du poids réel de ces injonctions, et du fait qu’elles pèsent si lourd sur les corps et le mental des femmes est un premier élément pour dépasser ces attentes inatteignables et commencer à s’en affranchir.

Puis comme Emer O’Toole, on peut apprendre à décortiquer si, en matière d’esthétisme, ce que l’on fait est guidé par notre envie, ou la reproduction d’une injonction qui nous fait souffrir. Et si vous aussi, dans un premier temps, vous testiez de rebattre les cartes de votre routine beauté afin de déterminer ce que vous faites pour vous versus pour plaire aux autres ?

Enfin, souvent ces injonctions ont entamé la confiance en soi, voir l’estime de soi. Aussi, cette prise de conscience peut être l’occasion de (re)faire un travail thérapeutique en cabinet afin de (re)trouver un sain équilibre et un amour de soi dans ce domaine.
En clair, apprendre à s’aimer soi d’abord, pour se trouver à son goût toujours, et ne plus être impacté.e par les injonctions extérieures.

 

par Jessica Martinez, praticienne en hypnose du réseau Médoucine.

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