Dans nos vies agitées, il est parfois difficile de faire le tri dans nos pensées, de comprendre nos émotions ou de soulager notre stress. Pourtant, un outil intime et puissant est à notre portée : le journal intime. Souvent expérimenté dès l’adolescence, l’écriture personnelle revient en force comme un véritable allié du bien-être psychique au cours de notre existence. Accessible, libératrice, parfois même thérapeutique, elle nous aide à mieux comprendre nos pensées et nos émotions en nous reconnectant à nous-mêmes. Explorons ensemble les vertus de cette pratique simple… mais profondément transformatrice.
Ecrire pour soi : un effet libérateur
Tenir un journal intime, c’est d’abord se permettre d’ouvrir un espace à soi. Un espace sans filtre, sans jugement, où l’on peut déposer ce qui encombre la tête et le corps. Écrire, c’est poser les mots là où il y avait du flou, du non-dit, de la confusion. Comme l’a démontré le psychologue James W. Pennebaker*, exprimer ses émotions à l’écrit permet de réduire l’anxiété, de mieux gérer le stress, et même de renforcer notre système immunitaire. Ce processus de libération émotionnelle permet à notre cerveau de « digérer » plus sereinement les événements difficiles. On ne garde plus les émotions douloureuses enfermées en nous : on les transcrit, on les regarde autrement, et peu à peu, on les transforme.

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Mieux se connaître, une page après l’autre
L’écriture n’est pas qu’un exutoire, c’est aussi un miroir. Elle nous permet de mieux comprendre qui nous sommes, ce que nous ressentons et pourquoi. En relisant nos pages, nous découvrons parfois des schémas répétitifs, des croyances limitantes, ou au contraire, des forces que nous ne soupçonnions pas. C’est une façon simple d’apprendre à se connaître, à se voir autrement que dans l’action quotidienne. Dans une société où tout va très vite, ralentir pour écrire permet d’entrer dans un dialogue intérieur. On se parle à soi-même de manière rassurante, soutenante, et parfois surprenante. Cette prise de recul améliore la clarté mentale, développe l’introspection et favorise la prise de décisions.
Une alliée précieuse contre le stress et l’anxiété
En inscrivant une routine d’écriture dans notre quotidien, un véritable rituel s’installe. Même quelques minutes suffisent pour ressentir les bienfaits de cette démarche. Plusieurs études ont montré que les personnes qui écrivent régulièrement sur leurs émotions vivent une baisse significative du stress, du cortisol et des troubles du sommeil**. Le journal devient un espace personnel dans lequel on peut tout dire… sans conséquence. Il ne juge pas, ne commente pas. Il accueille nos colères, nos peurs, nos doutes comme nos joies. Ecrire pour soi renforce aussi notre capacité à faire face à l’imprévu et aux défis de la vie : on se sent plus ancré, plus résilient, plus confiant.

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Écrire pour guérir : un soutien face aux blessures de la vie
Plus largement, l’écriture peut jouer un rôle clé dans les périodes difficiles : deuil, rupture, burn-out, trauma. Elle permet de nommer et exprimer les douleurs intenses, de mettre du sens sur ce qui nous arrive, et d’amorcer un processus de reconstruction intérieure. On ne change pas les faits, mais on peut créer un exutoire pour sa douleur.
Dans ma pratique de la thérapie brève, des auteurs comme Dany Gerbinet*** (collection Satas) proposent des outils concrets comme la lettre de colère, la lettre de tristesse ou encore le roman du trauma. Ces formes d’écriture ciblée permettent d’exprimer ce qui n’a pas pu l’être, de libérer des tensions énormes enfouies qui bien souvent s’expriment au quotidien à des moments inappropriés en blessant son entourage. « Ouppsss… ma parole m’a échappé ! ». Ça vous parle ?
Des preuves scientifiques solides
Loin d’être une simple intuition, les bienfaits de l’écriture sont largement appuyés par la science. Une méta-analyse réalisée en 2006 par Joanne Frattaroli**** a compilé plus de 140 études sur le sujet : dans une immense majorité des cas, l’écriture expressive a montré des effets positifs sur notre santé mentale et physique, notamment sur les symptômes dépressifs, l’humeur générale, la gestion du stress et même le renforcement du système immunitaire. Que ce soit dans un journal intime ou dans un cadre plus thérapeutique avec des lettres de colère, de deuil, etc. que l’on écrive tous les jours ou seulement quand le besoin se fait sentir, l’écriture est un outil le plus simple, accessible et puissant à notre portée.

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Comment commencer ? Conseils pour se lancer
Peur de la page blanche ? Pas besoin d’être écrivain·e ou d’avoir une belle plume pour écrire un premier journal intime. L’essentiel, c’est d’essayer avec ses propres mots.
Voici quelques conseils pour vous lancer :
- Choisissez un support qui vous inspire : un beau carnet, des feuilles volantes, blanches ou de couleurs…
- Écrivez de manière automatique : personne ne lira, même vous-même, vous pouvez tout dire. Vous pouvez aussi détruire vos écrits, ça soulage !
- Commencez petit : 5 à 10 minutes par jour suffisent.
- Tous les sujets abordés sont légitimes : passés, présents, ou futurs…
- Soyez indulgent avec vous-même : l’essentiel, c’est d’y aller, de lâcher-prise.

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« Écrire, c’est crier en silence. » – Marguerite Duras
Écrire, c’est créer un espace pour respirer, pour se libérer, pour s’écouter vraiment. Peu importe le rythme ou la forme, ce qui compte, c’est d’oser commencer.
Pour en savoir plus :
- *Pennebaker, J. W. & Beall, S. K. (1986). Expressive writing and health outcomes. Journal of Abnormal Psychology, 95(3), 274–281.
- **Smyth, J. M. (1998). Written Emotional Expression and Health: Journal of Consulting and Clinical Psychology, 66(1), 174–184.
- ***Gerbinet, D. (2020). Divers livres, Éditions Satas.
- ****Frattaroli, J. (2006). Experimental Disclosure and its Moderators: A Meta-Analysis. Psychological Bulletin, 132(6), 823–865.
par Nathalie Touzain, thérapeute, PNL & hypnothérapeute du réseau Médoucine.
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Geslin
30 mai 2025 at 14 h 26 minMerci pour cet article clair et motivant! Ça me donne envie de m’y (re)mettre plus sérieusement.