Menu

Comment le coaching narratif nous permet de nous déployer dans notre vie ?

6 décembre 2024

En cette période de fin d’année, nous aimons nous plonger dans les histoires : des histoires de Saint Nicolas, de rennes et de Père Noël … autant de récits qui peuplent nos imaginaires et que nous nous délectons de conter et transmettre. Car, oui ! les histoires ont le pouvoir de nous rassembler. Unis par des récits réels ou fictifs, nous nous accordons les uns aux autres à partir de ce à quoi nous choisissons de croire ou pas, consciemment ou non ! Ne sommes-nous pas nous-mêmes des êtres emplis d’histoires, depuis ces multiples anecdotes qui ponctuent notre vie, à celles transmises par nos aïeux ? Et que dire de toutes ces histoires véhiculées dans nos différents cercles : ceux de notre famille, nos amis, l’organisation dans laquelle nous travaillons et plus largement notre société ou encore notre culture ?

L’homme, cette espèce fabulatrice

Pour reprendre Nancy Houston, l’homme est une « espèce fabulatrice » douée de capacité d’abstraction et de pensée symbolique. Il ne peut s’empêcher d’interpréter la réalité et donner un sens à ses expériences en (se) racontant des histoires. Et Yuval Noah Harari d’illustrer combien, depuis 70 millions d’années – ère de sa révolution cognitive – , grâce aux histoires, Sapiens crée du sens à son existence, se relie aux autres et entre en coopération. Ce qui a pour bénéfice – et non des moindres ! – de permettre sa survie et son évolution. (1)

Ce besoin irrépressible d’histoires

Notre besoin d’appartenance est tel que, sans en avoir conscience, nous sommes prêts à croire des histoires aussi fictives soient-elles, dès l’instant qu’elles nous permettent de nous accorder à notre clan. Mais arrive un jour cette désagréable sensation de nous prendre les pieds dans le fil de nos récits ! Une histoire de problème prend le dessus sur notre existence : nos pensées sont saturées, nos émotions malmenées, une histoire nous empêche d’avancer.

Pexels

Quand nos histoires prennent le pas sur notre vie…

Tout comme Harari invite à « prendre au sérieux nos fictions » (1), l’approche narrative prête attention aux histoires qui viennent empêcher la personne dans son évolution.

  • Amélie, jeune femme de 33 ans responsable en Ressources Humaines, vient me consulter car, depuis le COVID, elle vit des difficultés relationnelles avec sa directrice au point d’être exclue de son service ; en lutte pour ses valeurs au travail, elle tente les échanges et les explications, mais son corps accuse le coup : elle serre les dents chaque matin pour se rendre au bureau, développe du psoriasis, a des insomnies et des difficultés à tomber enceinte malgré une assistance médicale à la procréation. Elle lutte pour retrouver un récit à partager avec ces personnes qui, ensemble, en ont décidé autrement.
  • Emma est une jeune fille de 10 ans. Les larmes au bord des yeux, elle vient avec sa maman car Emma vit de l’insécurité nocturne au point de ne plus parvenir à dormir seule dans son lit. Cette difficulté vient avec Emma s’installer dans le lit de ses parents ; on ne parle que du problème, de jour comme de nuit !
  • Christophe, 42 ans, a du mal à définir son identité de coach tellement il subit l’étiquette sociale du « touche-à-tout-dispersé ». Il est tiraillé entre choisir une cible de clientèle plutôt qu’une autre, une spécialité plus qu’une autre – ce que dictent les codes marketing pour mériter sa visibilité – ou suivre ses envies de connaissances multiples et de contacts variés. La norme sociale prend le dessus sur ses besoins profonds, lui fait perdre la clarté de son discours intérieur et brouille ses élans.
  • Aurore, 46 ans, dirigeante d’entreprise, vient me voir pour un manque de confiance et de leadership, avec une « impression de costume trop grand » pour elle. Elle ne parvient pas à décrocher les contrats à la hauteur de ses espoirs, en même temps qu’elle est happée par de lourds problèmes familiaux qui remettent sur le devant de la scène les « tu n’y arriveras pas », « tu vas rater ta vie »: un discours familial dissuadant qu’elle entend depuis son enfance. (2)

Pexels

Comment s’extraire du pouvoir d’une histoire de problème qui domine notre vie ?

Venue d’Australie à la fin des années 80 de Mickaël White et David Epston, travailleurs sociaux et psychothérapeutes, l’approche narrative soigne les histoires qui, en retour, prennent soin de la personne. Au fil de la conversation, par un jeu de questions, la personne est invitée à décaler son regard et à voir le problème comme un personnage, une créature, un objet ou tout autre chose. Ainsi Amélie a pu identifier et nommer son problème « Abandon, empêcheur d’assurance dans les relations » ; il a pris la forme d’un « arbre qui pousse lentement et développe ses feuilles à problèmes une à une, jour après jour ». Quand la difficulté n’est plus à l’intérieur mais externalisée, l’histoire dominante du problème quitte la narration de la personne : une nouvelle histoire a voix au chapitre.

Notre langage, témoin de la transformation qui opère

De mots en expressions, le langage de la personne se modifie et témoigne de la transformation qui se produit dans ses représentations : « la personne est la personne, le problème est le problème, la personne n’est pas le problème », martèle Mickaël White (1). La personne n’est plus identifiée au problème : « Abandon, empêcheur d’assurance dans les relations » a une portée très différente de « je suis l’abandonnée-rejetée ». Débute alors une conversation aux allures d’enquête sur les effets du problème : quelles sont les ruses, les tactiques qu’il met en œuvre pour s’installer dans la vie de la personne ? Quels sont ses moments préférés ? De quoi se nourrit-il ? … Ainsi Emma a pu identifier, nommer et même dessiner son « Moutarde voleur de dodo » qui l’empêche de s’endormir, la réveille la nuit, lui donne mal au ventre et la fatigue. Au fil de l’échange, la voici en mesure de prendre position face au problème et lui dire, une bonne fois pour toute : « Non, c’est non ! ». Christophe, lui, a identifié son syndrome de l’imposteur et a pu le transférer en une créature aux allures de Gozilla, et lui lancer dans un cri : « Gozzi, c’est fini ! ». L’approche narrative offre ainsi cette possibilité de transformer le lourd en léger. Une mise à distance du problème s’opère.

Pexels

Déceler les fines traces d’exception au problème

En séance, je m’emploie à une écoute multiple : porter mon attention sur le contenu du récit, repérer ce que la personne dit mais ne sait pas ou plus entendre, et écouter ce qu’elle ne dit pas et qui pourtant se laisse percevoir : ces fines traces d’exception au problème qui témoignent de ses résistances face à lui, de ses forces, de ses intentions ou encore de ses espoirs pour sa vie. Ainsi d’entendre les résistances d’Aurore face à son habitus, concept du sociologue Pierre Bourdieu – si bien illustré par Thiphaine Rivière (1) – , cette intériorisation de croyances ou encore de comportements issus de sa classe sociale d’origine.

Tel un diktat, l’habitus vient s’opposer à ses ambitions, la contraint inconsciemment à rester dans sa classe moyenne d’origine en ne décrochant pas le contrat rêvé, et empêche son ascension. Alors, de poursuivre la conversation et d’honorer plus distinctement son discours intérieur jusque-là à peine audible – ses « tu vas y arriver » – , et de mettre les projecteurs sur ses expériences témoins de son « goût des challenges », de sa « capacité à se relever après les coups durs », autant d’actes de résistances face à son problème d’habitus accolé d’injonctions. La prise de conscience du scénario et son externalisation lui offre alors l’autorisation qui lui manquait pour se déployer.

Pexels

Entrer dans la magie du récit préféré et dans une nouvelle capacité d’agir

La conversation amène ainsi à suivre la piste des « fines traces d’exception » à l’histoire dominante du problème et à partir en découverte des autres histoires riches de la personne : des moments scintillants d’émerveillement partagés avec d’autres qui la révèlent dans son « identité préférée », éloignée de l’étiquette première qui lui a été accolée ou qu’elle s’était elle-même attribuée : « celle qui n’arrive pas à dormir seule dans son lit », « l’abandonnée-rejetée », « le dispersé-touche-à-tout » etc.

Reconnectée à ses histoires riches qui la portent dans son identité préférée, la clarté d’esprit retrouvée, la personne se sent vivifiée, alignée dans ses valeurs. Le dessin, métaphore du problème, possiblement se transforme : Amélie élague de-ci de-là quelques branches qui viennent nourrir l’humus et rendre sa terre plus fertile, en même temps qu’elle tisse un nouveau récit ; une histoire préférée émerge de l’oubli. Elle prend place dans son imaginaire et le nourrit. L’histoire de problème se trouve ainsi remisée dans un coin retranché de sa mémoire, au fur et à mesure que je me fais l’écho amplificateur de ses mots qui égrènent la mélodie de son récit préféré. Des désirs nouveaux se profilent ; la voici entrer dans sa nouvelle capacité d’agir.  Ne subsiste alors qu’une envie : partager ce récit et le vivre !

Le coaching narratif : une pratique créative et ludique pour se déployer

Entrer dans un processus de changement est engageant. Mais l’approche narrative a ce bénéfice : dans une version ludique et créative, elle permet de se transformer avec élégance, légèreté et tout en puissance, en prenant appui sur les histoires que l’on (se) raconte. En détricotant les discours dominants internalisés, le coach narratif offre la possibilité à la personne de reprendre les droits d’auteurs de ses récits. L’approche narrative convient à bon nombre de problématiques et tout âge. Elle s’exerce en accompagnement individuel en cabinet ou en visio consultation, comme auprès de groupes ou d’équipes en entreprise.

Pexels

Contons ce qui compte pour nous !

Nous sommes multi-histoires, polychromes. Alors de quelle teinte choisissons-nous de colorer les mots que nous délivrons au monde ? Quel récit partager ? Que décidons-nous de conter qui compte pour nous ? Réhabitons nos narrations afin qu’elles parlent de nous dans ce qui nous est cher. Reprenons les rênes de nos récits et de notre vie qui va avec !

 

(1) Références bibliographiques :

  • HARARI Yuval Noah, Sapiens, Une brève histoire de l’humanité. Albin Michel, 2015. 512p.
  • HOUSTON Nancy, L’espèce fabulatrice. Actes Sud, 2008. 208p.
  • RIVIERE Thiphaine, La distinction – librement inspiré du livre de Pierre Bourdieu. La Découverte-Delcourt, 2023. 287p.
  • WHITE Michael, Cartes des Pratiques Narratives. Satas, 2009. 303p.

(2) Les prénoms des personnes ont été modifiés afin de respecter leur vie privée.

 

par Elodie Roncier, coach praticienne narrative et hypnothérapeute du réseau Médoucine.

Trouvez un praticien près de chez vous sur Médoucine

À lire aussi :

5/5 - (1 vote)
Trouvez facilement le praticien qui vous convient près de vous
  • Praticiens diplômés et vérifiés
  • Disponibles dans votre région
Trouver mon thérapeute
Elodie Roncier About Author
No Comments
    Leave a Reply

    Trouver mon thérapeute
    Trouvez facilement le praticien qui vous convient près de vous